Rebelles et milices pro-Bamako s'affrontent dans le Nord du Mali

La localité de Léré a été attaquée mercredi par les rebelles puis est repassée sous contrôle de l'armée malienne hier, jeudi. Léré, en 2013.
© AFP/PHOTO ERIC FEFERBERG

Les affrontements entre groupes rebelles et milices pro-Bamako ont fait une vingtaine de morts, jeudi. Léré a été attaquée mercredi par des rebelles, avant de repasser sous contrôle de l'armée malienne. Après une attaque meurtrière à Goundam, mercredi, ils ont attaqué jeudi Bintagoungou, toujours dans la région de Tombouctou. Les hostilités ont repris près de Menaka, également.

« Nous ne voulons pas conquérir de nouveaux territoires. Nos attaques sont des représailles après la prise de Ménaka » , assure un porte-parole des groupes rebelles. Menaka, située dans la région de Gao, était sous contrôle des groupes rebelles jusque lundi dernier, lorsque le Gatia, milice pro-Bamako, s'en est emparé.

Discussions engagées sur la situation à Ménaka

Des discussions ont été engagée avec les deux parties par la médiation internationale, pour mettre un terme aux affrontements à Menaka. La prise de cette localité par les groupes loyalistes à Bamako constitue en effet une violation du cessez-le-feu, censé s'appliquer jusqu'à la signature d'un accord de paix prévu le 15 mai prochain. L es médiateurs exigent  que ces milices quittent la ville. C'est également la position officielle du gouvernement malien.

Le Gatia n'y est pas opposé. Mais la milice pro-Bamako demande que les chefs communautaires soient consultés et, surtout, que les groupes rebelles ne puissent pas reprendre le contrôle de Ménaka. Quant à la Coordination des mouvements de l'Azawad, elle ne veut rien négocier avant le départ des milices, mais se dit ensuite « ouverte » aux propositions qui pourront être faites par les médiateurs.

A Bintagoungou, « c'est la débandade »

A Bintagoungou, à l’ouest de Tombouctou, les huit civils enlevés jeudi n’ont pour leur part toujours pas été libérés, mais ils auraient été localisés dans la ville de Ber, selon Hama Aboubacrine, le maire de Bintagoungou.

Des hommes armés sont arrivés dans le village jeudi 30 avril, vers 6 h du matin, et sont repartis à 13 h. Ils ont depuis été identifiés comme des membres de la Coordination des mouvements de l’Azawad, groupe qui a refusé de parapher le pré-accord de paix en février dernier.

Depuis cette attaque, dans le village « c’est la débandade totale », se désole Hama Aboubacrine, le maire de la localité, au micro de RFI. Les habitants tentent de fuir. « Chacun est en train de chercher à se sauver, explique-t-il. Il y a en a qui sont déjà arrivés à Goundam. Il y en a qui ont fui dans les petits hameaux à côté. »

« Quand les groupes armés se sont retirés, le jeudi vers 13 h, l’armée n’est pas revenue. On craint le retour de ces bandits-là. (…) Toutes les boutiques, les boutiques d’alimentation, ont été cassées. Le centre de santé communautaire a été totalement pillé. Quinze motos au total ont été enlevées. Des maisons ont été pillées, dont celle du directeur de l’école », rapporte-t-il encore.
 


■ A Bamako, les habitants de Ménaka affichent leur soutien au Gatia

Les ressortissants de Ménaka vivant dans la capitale malienne ont rencontré la presse, jeudi 30 avril, à Bamako. Député, maire, conseiller communal ou simples citoyens, ils sont tous originaires de Ménaka. Ils vivent à Bamako et apportent leur soutien total au Gatia, le groupe armé pro-gouvernement qui contrôle désormais la localité de Ménaka.

Bodjan ag Amatou, un notable touareg de Ménaka et député à l’Assemblée nationale pour le compte du parti au pouvoir, donne les dernières nouvelles de sa ville : « Il est vrai qu’il y a de petits accrochages, des affrontements, explique-t-il. Ce qui est sûr, c’est que ce sont les éléments de la plateforme qui tiennent Ménaka et que les drapeaux du Mali sont déjà montés partout. On est contents. »

Après avoir violemment critiqué le MNLA, groupe armé à dominante touarègue, Bodjan ag Amatou a demandé le déploiement rapide de l’administration malienne sur le terrain de Ménaka. Au nom des ressortissants de sa localité, l’élu a également appelé à la réconciliation nationale. « Ceux qui souffrent le plus de la crise du Nord sont les civils. Que tout le monde ait pitié d’eux », a-t-il publiquement déclaré.