Face à Boko Haram, le Niger évacue les îles sur le Lac Tchad

Sur les berges du Lac Tchad, côté tchadien, le 6 avril dernier. Le climat d'insécurité provoqué par Boko Haram provoquent de vastes déplacements de populations dans cette région.
© AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES

Depuis jeudi, les autorités nigériennes demandent aux habitants des îles du Lac Tchad d’évacuer leurs villages. Ces îles sont devenues des zones de replis pour Boko Haram, qui n'hésite pas à cibler les populations civiles. Le Niger espère également que l’évacuation des civils facilitera les opérations militaires.

Le gouverneur de Diffa, dans le sud du Niger, a fait l’annonce via un communiqué, lu à la radio, jeudi. Il demande aux habitants vivant dans les villages des îles sur le Lac Tchad d’évacuer et de rejoindre la terre ferme. On ne connaît pas exactement le nombre de personnes concernées par les mesures d’évacuation sur ces îles, situées sur un lac au croisement du Niger, du Nigeria, du Cameroun et du Tchad.

L'évacuation a démarré

Selon les autorités, la mesure touche soixante-quatorze îles et cent seize villages qui appartiennent au territoire nigérien. L'évacuation des populations civiles de la zone a commencé vendredi matin. Le gouvernorat de Diffa espère la voir achevée lundi, au plus tard. Niamey espère ainsi isoler les jihadistes et avoir les mains libres pour mener de nouvelles offensives.

Repoussés par l'armée, Boko Haram s'est replié dans cette vaste étendue d'eau, enclavée et difficile d'accès. Depuis, ses combattants sont infiltrés parmi la population et tentent de mener des actions de guérilla. Samedi 25 avril, un assaut de Boko Haram sur l'île Karamga s’est soldé par la mort d’au moins 46 soldats nigériens. Trente-deux autres sont portés disparus et 28 civils ont été assassinés.

Entre représailles jihadistes, villages brûlés et dommages collatéraux, les combats pour déloger les islamistes sont de plus en plus meurtriers pour les civils, dont la présence gêne les manœuvres de l'armée nigérienne.

Les civils fuient devant Boko Haram

« Historiquement ce sont surtout des îles où les personnes qui y habitaient y allaient de façon saisonnière, notamment pour la pêche », explique Oumarou Daddy, porte-parole du CICR au Niger, qui a conduit de nombreuses opérations humanitaires sur ces îles avant d'interrompre son action en novembre 2014, en raison des contraintes pour la sécurité des humanitaires. De puis le début du conflit dans le nord-est du Nigeria, le CICR a observé un afflux de déplacés vers ces îles, où des villages de déplacés se sont peu à peu constitués.

Le CICR a aussi constaté des déplacements de ces populations vers les côtes du Lac Tchad, côté Nigérien, à la suite des attaques de Bosso, le 6 février dernier. « Lorsque nous avons assisté les populations déplacées à Guindimi – c’est la bourgade la plus proche de ces îles – parmi ces populations, nous nous sommes rendu compte qu’au moins un tiers provenaient des îles », explique Oumarou Daddy.

Pour le porte-parole du CICR, les populations qui fuyaient Boko Haram ont « amorcé ces déplacements de façon préventive, mais aussi de façon objective, parce que les conditions sécuritaires étaient dégradées ». Outre les incidents sur les îles, le CICR évoque en effet « des infiltrations qui venaient de la frontière » qui, même si elles constituent « des actes assez isolés, mis ensemble, montrait bien une détérioration de la sécurité pour les populations ».