Burundi: la police et l’armée affichent des divergences de vues

Des militaires assurent la sécurité à Bujumbura, le 2 mai 2015.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Au Burundi, le gouvernement a multiplié les déclarations au lendemain d’une série d’attaques à la grenade qui ont fait deux morts et quatre blessés chez les policiers et des victimes civiles. Le ministre de la Sécurité publique n’a pas hésité samedi 2 mai à accuser les manifestants d’être des « terroristes » et même des « ennemis » du pays. Quelques heures plus tard, le ministre de la Défense jouait la carte de l’apaisement et de la neutralité. Une position qui depuis le début de la contestation a permis à l’armée d’être acceptée partout.

Le ministre de la Sécurité publique n’a pas mâché ses mots. Le général Gabriel Nizigama a dit sans détour que les auteurs des attaques à la grenade étaient liés aux manifestants. Ces manifestants, a-t-il expliqué, considèrent la police qui « est en train de ramener la paix et la sécurité, comme leur ennemie. »

Un message vidéo enregistré et diffusé lors d’une conférence de presse au siège de la direction générale de la police. « Dès aujourd'hui, nous ne verrons plus des manifestants, mais des malfaiteurs, des terroristes et même des ennemis du pays », a renchéri le ministre Nizigama. Puis il a eu ces mots, « la police, en collaboration avec l'armée du Burundi, va tout mettre en œuvre pour arrêter ce soulèvement. »

Et pourtant quelques heures plus tard, une deuxième déclaration a été faite, d’un tout autre ton par le ministre de la Défense. Il a interpellé « tous les acteurs politiques » et les a appelés à garder à l'esprit, l'avenir et la pérennité de la nation burundaise, et ce « en évitant tout comportement indigne de nature à replonger le pays dans le sombre passé qu'il a vécu. » Le ministre a également mis en garde toute personne physique ou morale qui ferait usage de communications divisionnistes et incendiaires visant à saper la paix et l’unité nationale.

La Défense l’a rappelée : l’armée est une institution issue des accords de paix d’Arusha et de la Constitution, le rempart de la nation. Une fois de plus, la police et l’armée ont affiché leurs divergences de vues comme c’est le cas depuis le début de la contestation sur le terrain.

Le ministère de la Défense nationale et des anciens combattants saisit cette occasion pour mettre en garde tout individu ou groupe qui s’arroge le droit de porter gratuitement atteinte aux droits que la Constitution garantit aux paisibles citoyens. Il leur demande d’y mettre fin sans délai. Il met en garde également toute personne physique ou morale, qui ferait usage des communications divisionnistes incendiaires visant à saper la paix et l’unité nationale. Le ministère de la Défense nationale et des anciens combattants interpelle tous les acteurs politiques de garder à l’esprit l’avenir et la pérennité de la nation burundaise en évitant tout comportement indigne et action de nature à replonger dans le sombre passé que le pays a vécu. Le ministère de la Défense nationale et des anciens combattants voudrait rappeler que les institutions actuelles du Burundi émanent des accords d’Arusha et de la Constitution du Burundi.
Le général Pontien Gaciyubwenge
03-05-2015 - Par Esdras Ndikumana


L’ONU a dénoncé « l'usage de balles réelles » par les forces de l’ordre

L'ONU s'alarme de la répression meurtrière des manifestations au Burundi avant les élections du mois de juin. Dans une déclaration à la presse à Genève vendredi 1er mai relayée par l'AFP, l'agence onusienne des droits de l'homme estime également que la liberté d'expression est sérieusement menacée dans ce pays alors qu'est célébrée ce dimanche la journée de la liberté de la presse.

Le porte-parole de l'ONU, Ruppert Colville. © Reuters

Stations de radio fermées, réseaux sociaux coupés… Comment assurer des élections libres et justes sans liberté d’expression et sans droit à l’information ? C’est une des inquiétudes exprimées par l’agence onusienne des droits de l’homme à la presse à Genève et relayée par l'AFP. L’ONU se dit « profondément préoccupée par les mesures prises cette semaine par les autorités burundaises pour réprimer les droits de liberté d'expression et de rassemblement. »

Mais ce n’est pas sa seule préoccupation. En effet, le porte-parole de l’agence onusienne, Rupert Colville relaie « une source fiable » dit-il, qui affirme qu'au Burundi, aujourd'hui, « plus de 400 personnes sont détenues dans des endroits surpeuplés, certains contraints de dormir debout. » Des détenus dont certains seraient « battus » et auraient du mal à se déplacer en raison des sévices subis.

Au total, près de 600 personnes ont été interpellées dans les manifestations contre une troisième candidature du président sortant Pierre Nkurunziza, selon la police burundaise.

Enfin, l’agence onusienne des droits de l’homme tient à dénoncer « l'usage de balles réelles faites par les forces de sécurité pendant les manifestations. » L’ONU presse les autorités de s'assurer que les standards internationaux [...] soient pleinement respectés.