Niger: Boko Haram profite de l’évacuation des îles pour se ravitailler

Des soldats nigériens face à des combattants armés de Boko Haram en janvier 2015. Au Loin, un drapeau des jihadistes.
© RFI/ Nicolas Champeaux

Au Niger, Boko Haram a profité de la mesure d’évacuation des habitants des îles du lac Tchad du 30 avril pour se ravitailler dans les villages abandonnés. Des milliers de villageois, qui ne bénéficient d’aucun soutien logistique et humanitaire gagnent les rives.  Une source militaire nigérienne promet des contre-offensives.

La mesure d’évacuation du jeudi 30 avril concerne 27 000 personnes selon le gouvernorat de Diffa. Elle a été prise suite aux lourdes pertes infligées par Boko Haram aux soldats nigériens sur l’île de Karamga, il y a huit jours. 74 soldats étaient tombés sous les balles des insurgés. Aucun dispositif n'a été adopté pour accompagner les cortèges d’habitants qui ont abandonné leurs biens dans des villages qui ne sont plus sécurisés. Les autorités locales ne le nient pas, elles promettent néanmoins des ravitaillements en nourriture pour les habitants une fois arrivés sur les berges du lac.

Sur le plan sécuritaire, « les insurgés islamistes profitent de la situation pour revenir sur ces îles, se ravitailler en vivres avant de brûler les boutiques dans les villages », s’est indigné le député d’opposition Issa Lamine, joint par RFI. De nombreuses lignes de ravitaillements de Boko Haram ont été coupées ces trois derniers mois, les obligeant à trouver de nouvelles ressources.

Une source militaire nigérienne fiable a confirmé que des éléments de Boko Haram avaient gagné l’île de Gadira pour y incendier des villages il y a un peu plus de quarante-huit heures. « Ces îles vont devenir une zone de guerre, nous allons les traiter comme des cibles », a précisé cette source qui ignore si l’armée tchadienne sera associée à cette contre-offensive. Ces opérations seront sans doute menées par les militaires nigériens embarqués dans des pirogues à moteur avec un appui aérien.

Les populations doivent s'en aller d’accord, mais comment ? Leurs biens ne sont pas sécurisés, ils ne peuvent rien transporter parce qu’il n’y a pas de moyen de transport. C’est à pied aujourd’hui dans la panique générale que des gens avec des femmes, des enfants sont en train de partir. C’est une population très nombreuse qui est installée depuis des années. C’est des milliers, des milliers de personnes. On ne peut pas les faire évacuer avec un communiqué comme ça. Les militaires l’ont quitté et les populations avec eux en laissant tout derrière eux : des boutiques, des maisons… Les gens de Boko Haram sont venus brûler les villages après. Pour l’instant il n’y a que l’île de Gadira qui a été brûlée parce qu’elle a été vidée. Il n’y a personne là-bas. Il n’y a ni les populations, ni les militaires. Ils ont seulement laissé les biens là-bas : les boutiques, les habitations et les biens des populations. Ca permet aux gens de Boko Haram de trouver des moyens pour s’approvisionner parce qu’ils vont trouver tout sur place, tout ce qu’ils veulent.
Issa Lamine
03-05-2015 - Par Nicolas Champeaux

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