Burundi: la «main tendue» sous conditions du gouvernement

Malgré quelques incidents, la police et les manifestants sont restés à distance, ce mardi 5 mai.
© AFP PHOTO/PHIL MOORE

Le gouvernement burundais a proposé de libérer les manifestants arrêtés en échange de la fin des manifestations. Propositions pour l'instant rejetée par les opposants au troisième mandat de Pierre Nkurunziza, validée par la Cour constitutionnelle mardi. Après les affrontements meurtriers de lundi, la journée de mardi a été plutôt calme. Les manifestations doivent reprendrent ce mercredi.

Mardi 4 mai, une réunion prévue de longue date dans le cadre de l’organisation des élections du mois le gouvernement a rassemblé le gouvernement, l'opposition et la société civile, sous l'égide la Mission électorale des Nations unies. Officiellement, les législatives et les communales sont prévues dans trois semaines au Burundi, et la campagne électorale démarre dans quatre jours.

Le vice-président burundais, Prosper Bazombanza, a planté le décor dès l'ouverture de cette réunion. Le gouvernement appelle, « toutes les parties prenantes à donner leur contribution pour que ces rendez-vous soient respectés ». Un discours qui ne laisse aucun doute sur les craintes du gouvernement, alors que la capitale Bujumbura est paralysée par des manifestations contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza, depuis dix jours.

Mais l'opposition et la société civile à la pointe de ce combat ont dénoncé une « grande messe, qui n'a aucune chance d'aboutir ». Selon elle, la multiplication des invités - 120 personnalités issues de l'administration, des partis politiques, de la société civile et des confessions religieuses étaient présentes dans la salle - paralyse le débat. L’opposition et la société civile ont donc préféré se retirer.

La « main tendue » sous conditions du gouvernement

Mais mardi soir, devant l'insistance de la communauté internationale, qui parle de « réunion de la dernière chance » et qui a mis dans la balance son aide au processus électoral burundais, le pouvoir a accepté d'engager le dialogue avec une dizaine d'acteurs qui comptent, dans un processus à part, et en toute discrétion.

« Le gouvernement est disposé à relâcher les jeunes gens qui ont été arrêtés au cours des violences enregistrées dans les différents quartiers de la capitale, à condition qu’ils renoncent explicitement à la récidive », a déclaré Prosper Bazombanza, le vice-président de la République. Une « main tendue » sous conditions, puisque le gouvernement demande la fin des manifestations comme préalable à la libération des manifestants emprisonnés, à lever les mandats d’arrêt contre les chefs du mouvement et à la réouverture des radios privées et émetteurs coupés. 

« On ne négocie pas un droit »

Mais seul le renoncement de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat mettra fin aux manifestations, assure l’un des membres du collectif anti-troisième mandat. « On ne négocie pas un droit ! Le droit de manifester c’est notre droit. Tous les droits qui nous sont reconnus par la Constitution et les conventions internationales, qui ont été ratifiées par le Burundi ont été systématiquement enterrés par le gouvernement », a dénoncé Gabriel Rufyiri, l'une des principales figures de la société civile burundaise, au micro de RFI.  Pour lui, c'est une suspension des manifestations est pour l'instant impensable.

« Des gens sont en train d’être tués, ils sont emprisonnés, des gens sont sous mandat [d’arrêt, ndlr], des grenades qui sont lancées ici et là. Le droit à l’information n’est plus garanti. (…) On est dans l’insécurité totale. Donc, nous, nous pensons qu’il faut d’abord que toutes ces conditions qui garantissent la sécurité soient reprises par les institutions », insiste-t-il, avant d'ajouter : « La manifestation doit continuer parce que c’est notre droit ! De toutes les façons, nous sommes prêts à mourir au nom de nos droits. »

Une journée d'accalmie relative

Cette proposition est intervenue à la fin d'une journée d'accalmie, mardi 5 mai, avec quelques rares incidents à signaler. Dans le quartier de Mutakura, il y a eu quelques jets de pierres de manifestants sur des policiers, mais sans réaction du côté des forces de l’ordre. Un gros rassemblement de plusieurs centaines de jeunes a également eu lieu dans la matinée de mardi à Musaga, l’un des épicentres de la contestation. Mais policiers et manifestants sont restés à distance. 

Il y a également eu une nouvelle tentative d’incursion en centre-ville et des manifestants qui ont été dispersés non loin de l’ambassade des Etats-Unis. On sentait les deux camps fatigués après les affrontements de lundi. La nouvelle de la validation de la candidature de Pierre Nkurunziza était pourtant tombée dans la matinée. Les jeunes ont balayé cette information du revers de la main en affirmant qu’elle était nulle et non avenue et que cela ne changeait rien à leur détermination à voir le chef de l’Etat burundais renoncer au troisième mandat.

Tous avaient en tête les mots du vice-président de la Cour constitutionnelle qui a fui le pays, affirmant qu’il y avait eu des pressions sur les juges. Une Cour aux ordres, c’est aussi ce que pensent la société civile et l’opposition.