Fosse commune de Maluku: à l’Assemblée, la majorité fait bloc

Image d'archive du Parlement de République démocratique du Congo, le 15 décembre 2012.
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Une motion de défiance contre le vice-premier ministre en charge de l'Intérieur et de la Sécurité, Evariste Boshab, à propos de la fosse commune de Maluku devait être déposée lundi à l'Assemblée nationale. Le débat n'a pas pu avoir lieu, la majorité s'étant mobilisée pour l'empêcher.

L’affaire de la fosse commune de Maluku n’en finit plus de secouer la vie politique en République démocratique du Congo. Hier, lundi, la question devait être abordée à l’Assemblée nationale, via une motion de défiance visant le vice-Premier ministre en charge de la Sécurité. Mais le débat a tourné court, la majorité ayant mobilisé largement sur les bancs du Parlement, et même au-dehors, où les nombreux partisans de la majorité mobilisés, militants du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) en tête, ont été rejoints par tambours et fanfares.

Versions divergentes

L’affaire de la fosse commune de Maluku est née après la révélation de l’enterrement, en pleine nuit, de 421 corps dans un cimetière de Maluku, une commune située à 150 kilomètres du centre de Kinshasa. Selon les autorités, les 421 corps enterrés dans la nuit du 18 au 19 mars sont essentiellement ceux de foetus, d'enfants mort-nés et d'indigents. Mais l'opposition soupçonne le pouvoir d’avoir cherché à enterrer dans cette fosse commune des contestataires du régime, faisant notamment référence à la répression des manifestations des 19, 20 et 21 janvier dernier à Kinshasa, lors du débat au Parlement.

Réfutant la version des autorités, une soixantaine de députés ont déposé une motion de défiance visant Evariste Boshab, le vice-Premier ministre, qu’ils accusent de n’avoir pas respecté la loi, qui prévoit notamment « que les inhumations se fassent dans des fosses séparées ».

Séance agitée à l'Assemblée

Mais la motion n’a finalement pas été soumise à l’Assemblée, où la séance a été agitée. Lorsqu’Evariste Boshab a fait son entrée dans la salle des Congrès, le public a hurlé pour l’acclamer. Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la majorité présidentielle, estime alors qu’il y a « violation du règlement intérieur du Parlement » et adresse une mise en garde à l’assistance.

Lorsque José Makila, président de l’Alliance des travaillistes pour le développement (ATD) et porte-parole des signataires de la motion de défiance, prend la parole, il est souvent interrompu par des députés de la majorité. « Evariste Boshab doit s’expliquer » sur la procédure qui avait conduit à l’inhumation de 421 corps dans une fosse commune dans le cimetière Foula-Foula de Maluku le 19 mars, plaide José Makila.

L'opposition quitte la salle

Intervient aussitôt Ramazani Shadary, président du groupe parlementaire PPRD à l'Assemblée nationale, qui affirme être mandaté par la majorité pour « refuser de débattre de cette motion de défiance ». Selon lui, l’affaire relève de la ville-province de Kinshasa, et ce n’est donc pas au vice-Premier ministre de s’expliquer sur ce dossier.

L’opposition réplique en balayant d’un revers de la main les arguments des députés de la majorité. Jean-Lucien Boussa, député du Mouvement de libération du Congo (MLC), intervient à son tour au nom de l’opposition pour dire que les siens ont décidé de quitter la salle. Et sur ces propos, l’opposition a effectivement quitté la séance.

Les autorités congolaises ont fait visiter la morgue centrale de Kinshasa à des diplomates, lundi 13 avril, en preuve de leur bonne foi dans l'affaire des cadavres de Maluku. © AFP PHOTO/FEDERICO SCOPPA