Burundi: l'opposant Audifax Ndabitoreye arrêté quelques heures

Audifax Ndabitoreye après sa libération mercredi 6 mai 2015, à Bujumbura.
© REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimana

L'opposant burundais Audifax Ndabitoreye, candidat déclaré à l'élection présidentielle, figure de la contestation et membre de la société civile a été arrêté quelques heures à l'issue de la réunion des ministres de la communauté des États d'Afrique de l'Est, à Bujumbura. Une réunion pour tenter de remettre le processus électoral sur les rails dans la crise politique que traverse le pays. Et à laquelle devrait succéder, le 13 mai, un sommet régional en Tanzanie.

Audifax Ndabitoreye a finalement été libéré mercredi soir vers 21h TU après d'intenses pressions diplomatiques. « Je suis libre pour le moment mais ils me demanderont peut-être de revenir. Je suis à la maison. Ma femme pleure mais ce sont des larmes de joie. A un certain moment, la porte du véhicule n'était pas bien fermée, ils ont cru que j'allais fuir. Je suis tombé mais j'ai juste quelques égratignures », a confié Audifax Ndabitoreye à RFI.

Mercredi après-midi, l'opposant avait dans un premier temps été menacé d'interpellation sous les yeux des délégations étrangères, à l'issue d'une rencontre entre les partis politiques et les ministres de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est. Audifax Ndabitoreye était sorti de la réunion avec les ministres pour passer un coup de fil. Deux hommes en civil avait alors essayé de l’interpeller. Des gardes de l’hôtel et des journalistes, n’ayant pas compris ce qui se passait, sont intervenus. L’opposant avait pu rejoindre la salle de réunion et avait bien sûr évoqué la situation.

Le ministre des Affaires étrangères tanzanien s’est engagé à ce qu’il ne soit pas inquiété et ils sont sortis ensemble de l’hôtel. Des policiers et des hommes identifiés comme faisant partis de la Documentation, les services de renseignement burundais, ont fait mouvement, bousculant les délégations étrangères, alors que le ministre tanzanien était en train de faire une déclaration à la presse internationale appelant à un processus électoral paisible au Burundi.

Finalement, sous pression de leurs protocoles, les ministres sont partis et Audifax Ndabitoreye s’est mis à hurler qu'en effet il avait appelé à manifester mais qu’on ne le ferait pas taire. « Le président Nkurunziza ne fera pas de nous des esclaves », a-t-il vociféré. L’ambassadeur des Pays-Bas qui avait été alerté puisque l’opposant a la double nationalité, a expliqué à RFI qu’il ne pouvait rien faire, juste observer et faire un rapport à son gouvernement.

Finalement, après deux heures de protestation, Audifax Ndabitoreye s'est rendu lui-même à la police. Il a serré sa femme et d’autres membres de sa famille en larmes dans ses bras. « La victoire est à nous », a-t-il déclaré le poing levé. Et il est parti sous les applaudissements de quelques dizaines de personnes alertées par les radios privées.

Sur son mandat d’arrêt figurait le chef d’inculpation d’insurrection, sans plus de précisions. Selon une source policière, il aurait été vu plus tôt distribuant de l’essence aux manifestants. Accusations que l’intéressé dément.

Les représentants politiques se sentent menacés

La plupart de ces représentants de partis se sont éclipsés avant la résolution de la crise, par crainte eux aussi d'être arrêté. Mais Chauvineau Mugwengezo, le président de l'UDP, un parti non reconnu par les autorités, est resté. Pour lui, qui comme Audifax Ndabitoreye avait appelé à manifester, il devient difficile de participer à ce type de réunion qui vise à apaiser le climat avec les autorités.

Dès lors qu’il y a des mandats qui planent sur nous, dès lors qu’il y a des violences qui peuvent se faire contre nous, il est bien normal que nous y allions [à ces réunions] d’un pas hésitant.
Chauvineau Mugwengezo
07-05-2015 - Par Sonia Rolley

Audifax Ndabitoreye dans le hall de l'hôtel où se tenait à Bujumbura, le 6 mai, la réunion des ministres des Affaires étrangères de la CEAC. © RFI/SR