[Reportage] Nigeria: les rescapés de Boko Haram de retour à la vie

Beaucoup d'enfants ou de femmes libérés souffraient de conjonctivites.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

Les 275 femmes et enfants libérés de Boko Haram par l'armée nigériane la semaine dernière ont été emmenés dans l’extrême est du Nigeria, à Yola. Ils sont arrivés samedi dernier dans un camp qui accueillait déjà des déplacés qui avaient fui les violences de la secte islamiste. Depuis, la vie s'organise ainsi que la réponse humanitaire, car beaucoup ont des problèmes de santé. Une dizaine sont encore à l'hôpital pour des membres cassés et des blessures par balle.

Ce qui frappe d'abord, c'est la fatigue qu'on peut lire dans leurs yeux, mais aussi l'espoir. Ces femmes, ces filles et ces petits garçons semblent encore désorientés, comme s'ils n'avaient pas vraiment réalisé qu'ils sont sortis de cette forêt, de cet enfer où ils ont passé plusieurs semaines voire plusieurs mois.

Beaucoup de ces enfants souffrent de malnutrition, ils n'ont que la peau sur les os ou pour certains le ventre gonflé. Il y a de nombreux cas de conjonctivites. Mais aussi des situations plus graves : huit personnes sont encore hospitalisées à Yola, la capitale de l'Etat de l'Adamawa pour des bras ou des jambes cassés, des plaies par balle à opérer.

Les autres sont depuis arrivés dans le camp, situé au bout d'une piste de latérite, non loin d'un camp militaire. Les 275 femmes et enfants ont rejoint d'autres déplacés qui ont fui les violences de Boko Haram et sont hébergés là depuis sept mois. Ces nouveaux arrivés logent dans une aile qui leur est réservée. Et la vie s'organise. Dans ces dortoirs aux lits superposés, on balaie, on se coiffe, on fait sa lessive, et on rit aussi parfois, surtout les enfants qui s'amusent de voir tant de gens s'intéresser à eux. Des gestes et moments du quotidien qui leur étaient interdits il y a encore quelques jours.

Profonds traumatismes

Les autorités continuent à les interroger sur leur captivité pour obtenir des informations sur leur origine mais aussi sur la manière dont s'organisent les islamistes. Des psychologues ont commencé leurs consultations, mais il est encore difficile de les faire parler tant le traumatisme semble profond. Certaines portent l'enfant de leur bourreau, mais on ignore encore combien sont obligées de traverser ce nouveau calvaire. Ce qui paraît certain en tout cas c'est que l'arrivée de ces captifs semble être le début d'une longue série : on annonçait encore d'autres libérations dans la soirée, mais dont on ignore toujours les conditions.

Daouda Toure, le coordinateur du système des Nations unies au Nigeria, était en visite mercredi dans le camp :

« C’est très triste au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer de voir ces femmes et ces enfants, surtout des jeunes filles, dans cette situation de dénuement total, ces enfants en situation de malnutrition, dont on peut voir les os sur la peau, rapporte-t-il. Il y a lieu d’agir au plus vite, il est important de savoir, surtout pour les femmes qui ont été abusées, qui se sont retrouvées enceinte, comment les conseiller sachant que ce sont des situations qui laissent des conséquences à long terme ? Ce qui est extraordinaire, c’est que malgré leurs souffrances, on voit encore des sourires, donc de l’espoir sur leurs visages. Et c’est quelque chose qui nous encourage. »

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.