Burundi: le CNDD-FDD, parti du chef de l’Etat, lance sa campagne

Le siège du parti du président au pouvoir, le CNDD-FDD à Bujumbura.
© AFP PHOTO/PHIL MOORE

L'Union européenne, les Etats-Unis et la Suisse appellent le gouvernement burundais à reporter les élections alors que le pays est depuis plusieurs semaines le théâtre de manifestations émaillées de violences contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. C'est dans ce contexte que le chef de l'Etat burundais a lancé, ce lundi 11 mai, à Muyinga, la campagne de son parti, le CNDD-FDD, pour les prochaines élections locales.

Le CNDD-FDD a choisi de lancer sa campagne dans la province de Muyinga, commune de Gashoho où près de 10 000 personnes étaient réunies pour assister au moment fort de la journée, le discours du président-candidat, Pierre Nkurunziza. Un discours d’un peu moins d’une heure pour surtout appeler à la tenue des élections. « Il y a la paix, embrassez-vous ; il y a la démocratie, embrassez-vous », a lancé le chef de l’Etat à la foule. Les premiers rangs - les plus militants - s’exécutent en riant, se serrant dans les bras. « La démocratie, c’est bon, non ? », s’est amusé Pierre Nkurunziza.

C’est depuis une estrade fixée sur une camionnette que le chef de l’Etat burundais s’est adressé aux milliers de personnes réunies par cercles concentriques. Les cadres d’abord, des imbonerakure en cordon de sécurité, et puis les militants auxquels se sont mêlés de simples sympathisants ou curieux venus écouter le chef de l’Etat.

Des élections nécessaires

Pierre Nkurunziza leur a expliqué, en substance, que la démocratie au Burundi « s’est ancrée depuis 2005 grâce au CNDD-FDD » et que « seules les élections permettront d’éviter de nouvelles violences dans le pays, voire même une nouvelle guerre », a-t-il renchéri. « Les élections, c’est la démocratie », a-t-il scandé à plusieurs reprises. « Tout ce qui est nécessaire pour qu’il y ait de bonnes élections est là, du moins à 99 % », a expliqué le chef de l’Etat burundais. Comme une réponse aux pays qui ont décidé de suspendre leur aide au processus électoral.

Pierre Nkurunziza a rappelé, comme il le fait souvent, que les élections se sont tenues en 2005 et 2010 malgré des troubles. Il a également interpelé ses militants. « Vous qui êtes ici, vous pouvez accepter un gouvernement de transition ? Ceux qui n’acceptent pas, levez les mains », leur demande-t-il avant de marquer une pause. Des mains se lèvent alors à perte de vue. « Mettez les mains bien haut pour que les journalistes les voient… et que demain, ils ne disent pas que c’est ce que nous vous avons dicté », précise-t-il.

Retenue pour les Imbonerakure

Un message a également été adressé aux Imbonerakure, cette jeunesse du parti au pouvoir qui est tant critiquée, accusée d’actes d’intimidation et de violences politiques. A la tribune, le patron du parti au pouvoir a félicité les Imbonerakure pour leur retenue et notamment d’avoir su éviter ce qu’il qualifie de piège. « Le piège était la provocation, les manifestants voulaient provoquer surtout les Imbonerakure. Alors nous leur avons conseillé de se retenir. C’est très important parce que c’est là où se trouve notre victoire. Maintenant, le pays est calme parce que nous nous sommes retenus », affirme Pascal Nyabenda, le président du CNDD-FDD.

Quand les militants ont tabassé des militants du parti et en ont même tué un, les Imbonerakure auraient pu se venger note un cadre. Dans son discours, le chef de l’Etat burundais, Pierre Nkurunziza renchérit sur les propos du président CNDD-FDD : « Continuez de vous abstenir d’intervenir, continuez de vous abstenir jusqu’à la victoire, continuez de vous abstenir c’est le conseil que je vous donne. »

Du côté de la communauté internationale, on s’inquiète toujours d’une confrontation entre pro et anti-troisième mandat. Une confrontation qui pourrait replonger le pays dans la guerre civile. Les manifestants eux continuent de dénoncer une collusion entre les Imbonerakure et les forces de l’ordre.

Ecoutez le reportage de notre envoyé spécial
12-05-2015 - Par Sonia Rolley

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