Burundi: incident mortel lors du déblayage des barricades à Musaga

Le déblayage des barricades dans le quartier de Musaga à Bujumbura, le 10 mai 2015.
© RFI/Sonia Rolley

Samedi, le Conseil national de sécurité avait donné 48 heures aux forces de l’ordre pour déblayer les barricades. Policiers et militaires se sont concentrés dimanche matin sur les grands axes qui mènent à Bujumbura. L’objectif : libérer des dizaines de camions bloqués depuis plusieurs jours pour qu’ils approvisionnent la capitale. Des opérations qui se sont passées sans heurts, sauf à Musaga, l’un des quartiers en pointe dans la contestation où il y a eu au moins un mort et un blessé.

Des engins de construction déblayent les barricades. Aux commandes, policiers et militaires. Sur le bas côté, une jeune femme hurle sur les forces de l’ordre : « Il y a un type qui vient de se faire tirer dessus, explique une autre à RFI. Elle hurle des insultes aux policiers parce que ce sont eux qui ont tiré sur le type », affirme-t-elle.

A l’intérieur d’une parcelle, une immense marre de sang. Selon la famille et les voisins, un lycéen, Fleury, est sorti voir ce qui se passait et s’est fait tirer dessus par la police. « Il vient de succomber, il vient de mourir. On n’a pas pu l’emmener à l’hôpital assez vite, rapporte un homme. Il a fait une hémorragie, vous voyez qu’il a perdu beaucoup de sang. »

Démenti de la police

La police dément avoir tiré et parle d’un conflit entre jeunes qui aurait mal tourné. Les opérations se sont poursuivies libérant la Nationale 7 et des dizaines de camions de ravitaillement bloqués depuis une dizaine de jours ont pu rejoindre la capitale. Les manifestants promettent de remonter les barricades et de poursuivre le mouvement de contestation.

Par ailleurs, le porte-parole de la sécurité publique a reconnu qu’il y avait eu des bavures vendredi soir à Nyakabiga, le premier quartier où se sont déroulées les opérations de déblayage. Un policier qui a ouvert le feu sur les habitants a été interpellé, a expliqué à RFI Liboire Bakundukize.


■ Le Conseil national de sécurité, bien au-delà de ses prérogatives ?

Samedi, le Conseil national de sécurité a annoncé un certain nombre de décisions censées ramener le calme, notamment le démantèlement des barricades. Ce Conseil, créé en 2011 par le président Pierre Nkurunziza, est prévu par la Constitution du Burundi. Officiellement, le Conseil national de sécurité (CNS) est un simple organe consultatif chargé « d'assister le président de la République et le gouvernement », notamment « dans l'élaboration de la politique sécuritaire » du pays ou encore « dans l'élaboration de stratégies de défense, de sécurité et de maintien de l'ordre en cas de crise », indique la Constitution.

Mais ça c'est sur le papier. En réalité, cet organe censé conseiller le président et son gouvernement est totalement trusté par ces derniers. Sur 17 membres, le président Pierre Nkurunziza lui-même, ses deux vice-présidents et cinq de ses ministres en sont membres de droit. Ses neuf autres membres, un autre ministre, des religieux ou de hauts cadres de l'Etat, nommés toujours par le président Nkurunziza, sont qualifiés par l'opposition de faire-valoir.

C'est ce Conseil national de sécurité qui a ordonné samedi aux manifestants qui protestent contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza de mettre fin à leur mouvement de protestation immédiatement ou qui a donné à l'armée et à la police l'ordre de démanteler les barricades dans les 48 heures. Curieusement, s'étonnent plusieurs observateurs sur place, aucun leader de ce mouvement de protestation n'a relevé que ce Conseil outrepassait son rôle en donnant directement des ordres à la population ou aux corps de défense et de sécurité.

Militaires et policiers supervisent les opérations de déblage des barricades. © RFI/Sonia Rolley

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