Avec l'accord de désarmement, la RCA espère tourner une page

Des miliciens armés dans le village de Boguila, en RCA, en mars 2014.
© AFP PHOTO/SIA KAMBOU

Le dernier jour de plénière du Forum de Bangui a été marqué par la signature d'un accord sur les modalités du prochain programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR). En dépit de réticences et d'éclats de voix pendant la cérémonie de signature, les ex-Seleka, les anti-balaka et d'autres groupes armés ont finalement tous signé le texte. Et l'enjeu est fort. L'effondrement des précédentes tentatives a conduit le pays dans l'abîme.

L'échec patent en 2012 du programme de DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) en direction des groupes armés du nord-est avait provoqué la reprise de leurs activités militaires. L'accord qui vient d'être signé espère ouvrir cette fois-ci la voie à une sortie de crise.

Le texte prévoit une approche individuelle. Les groupes n'ont pas reçu de quotas. L'accord indique que les ex-combattants devront être rassemblés, remettre leurs armes et qu'ils pourront ensuite soit être candidats à une intégration dans les corps en uniforme de l'Etat, soit opter pour la réintégration communautaire, c'est-à-dire participer à des programmes de développement au sein de leur communauté. Concernant le cas très polémique des combattants dits étrangers, les fameux mercenaires tchadiens ou soudanais, l’accord dit que ceux qui n’auront pas commis de crime de guerre seront rapatriés dans leur pays d’origine.

Reste à savoir si la communauté internationale parviendra cette fois-ci à mobiliser les fonds nécessaires. Et si les groupes armés parviendront à maintenir leurs troupes dans le cadre de cet accord.

« Il est temps que le peuple centrafricain puisse retrouver la paix »

En tout cas, pour certains de ses signataires, ce texte marque le début d'une page nouvelle dans l'histoire du pays. Herbert Gontran Djono Ahaba est le président du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique (RPRC), qui réunit les ex-Seleka : « J’ai signé parce que c’est ma motivation, ma conviction, c’est mon pays, explique-t-il. Je pense que nous devons faire taire les armes, je pense qu’il est temps que le peuple centrafricain puisse retrouver la paix, je pense qu’il est temps que notre pays soit pacifié et que la réconciliation se tienne parmi les fils de ce pays. »

Du côté des anti-balaka, Patrice Edouard Ngaissona parle de journée capitale pour le pays. Il confirme sa volonté de transformer le mouvement anti-balaka en parti politique et annonce son intention de présenter des candidats, dont lui-même, aux législatives : « L’heure n’est plus au combat, l’heure n’est plus à l’utilisation des armes. Nous sommes engagés dans une voie de pacification parce que nous avons d’autres orientations pour apporter notre contribution à une nouvelle République centrafricaine, affirme-t-il. (…) Je ne dis pas que je vais aller aux élections présidentielles parce que nous les anti-balaka on n’a pas de moyens, mais nous souhaitons présenter une liste aux élections législatives. »

Peu après cette signature, le Forum de Bangui a discuté d'un rapport sur les raisons de l'échec des précédents DDR. Le rapport pointait entre autres un manque de volonté politique, une absence de participation de la population touchée et le manque de confiance entre bailleurs de l'époque et gouvernement.