Guinée: Moussa Dadis Camara peut-il revenir en politique ?

Le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte, dans son bureau du camp Alpha Yaya à Conakry, le 1er octobre 2009.
© REUTERS/Luc Gnago

Moussa Dadis Camara a surpris beaucoup de monde en annonçant lundi 11 mai son retour en politique. L'ancien président de transition continue de bénéficier d'une certaine popularité, notamment en Guinée forestière, sa région d'origine. Et dans la perspective de la présidentielle d'octobre, sa candidature inquiète certains leaders. La question étant de savoir s'il pourra réellement se présenter. Moussa Dadis Camara était a la tête de l'Etat lorsque l'armée a massacré plus de 157 personnes et violé des centaines de femmes au stade du 28 septembre, c'était en 2009. Les enquêtes judiciaires ne sont pas terminées.

Le premier surpris fut le président lui-même, assure-t-on dans l'entourage d'Alpha Condé. Lui qui suit de près les faits et gestes de Moussa Dadis Camara ne s'attendait pas à ce que l'ex-président de transition annonce son retour en politique. La surprise fut la même sur les bancs de l'opposition.

Les leaders politiques savent que la présidentielle de 2015 se jouera en partie dans la région forestière qui n'a jusqu'à présent aucun candidat pour cette échéance. Or, le retour de Moussa Dadis Camara brouille les cartes. D'Alpha Condé, à Sidya Touré en passant par Celou Dalein Diallo chacun peut redouter de voir l'ancien chef du CNDD mordre sur son électorat.

Mais avant d'en arriver là, les leaders politiques s'interrogent sur la capacité de Dadis à aller jusqu'au bout de sa démarche. En effet, la justice guinéenne n'a pas encore terminé les enquêtes sur les évènements de septembre 2009 et le massacre de plus de 150 opposants par les soldats de Dadis Camara. Jusqu'à présent, l'ex-président a seulement été entendu à titre de témoin, mais le dossier est loin d'être refermé.

En tout cas, les victimes du stade du 28 septembre réclament toujours justice. Selon la présidente de l'association des victimes, Assmaou Diallo, avant de songer à faire de la politique, Dadis Camara devra faire toute la lumière sur son rôle durant ce massacre. « Il a, dit-elle, un devoir de vérité envers le peuple guinéen. »