Un sommet régional en Tanzanie pour résoudre la crise burundaise

Des manifestants poursuivis par la police s'enfuient dans le quartier de Buterere, le 12 mai.
© REUTERS/Goran Tomasevic

La Tanzanie accueille mercredi 13 mai un sommet régional de la Communauté de l’Afrique de l’Est consacré à la crise au Burundi. Outre le président Nkurunziza, on y attend ses homologues Kagame du Rwanda, Museveni d’Ouganda, Kenyatta du Kenya. Joseph Kabila de la RDC est également invité, ainsi que le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa. Il semble peu probable, disent la plupart des observateurs, que cette réunion résolve la crise.

Le ministre tanzanien des Affaires étrangères Bernard Membe a fait une brève annonce à la presse à l’occasion d’une réunion de préparation du sommet. Il a dit que les deux principales questions seront « la sécurité au Burundi », et le « problème des réfugiés ». Il n’a cependant pas évoqué la cause de la crise politique, à savoir la candidature pour un troisième mandat du président sortant Pierre Nkurunziza.

De l’avis de plusieurs diplomates, il ne faut pas s’attendre à ce que ce sommet puisse trancher de manière claire sur la légalité ou non de cette course au troisième mandat. D’abord et surtout parce que c’est une question de souveraineté et de politique intérieure et que les chefs d’Etat de la région répugnent à se mêler publiquement des affaires de leurs voisins. « C’est d’autant plus délicat, souligne un analyste tanzanien, que plusieurs de ces présidents sont eux-mêmes à la recherche d’une bonne recette pour rester au pouvoir. »

Mais ce n’est pas le cas en Tanzanie. Le pays hôte pourrait tenter d’obtenir deux choses : que le dialogue s’instaure entre Nkurunziza et l’opposition et que les élections soient reportées. L’opposition et la société civile burundaise, à la tête des manifestations qui ont poussé les pays de la région à se saisir de la question, peuvent compter sur le président tanzanien Jakaya Kikwete, dont le pays est un des principaux parrains de l’accord de paix pour le Burundi signé à Arusha en 2000.

Deux camps identifiables face à la crise politique burundaise

Jakaya Kikwete était venu à Bujumbura il y a quelques semaines et n’avait pas hésité à appeler Pierre Nkurunziza au respect de l'accord de 2000, qui interdit au chef de l’Etat burundais d’aller au-delà de deux mandats présidentiels. L'opposition et la société civile burundais pourront par ailleurs compter sur le Rwandais Paul Kagame, ancien allié régional du président Nkurunziza, mais qui a multiplié les déclarations jugées hostiles depuis quelque temps.

Dans le camp Nkurunziza, on veut en revanche compter sur le soutien du président du Kenya Uhuru Kenyatta, qui a récemment appelé dans un tweet au dialogue entre les deux partis. Reste une inconnue qui pourrait faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre : le président ougandais Yoweri Museveni, qui n’a rien laissé échapper sur son choix. Lui et le président congolais Joseph Kabila, également invité à ce sommet, pourraient basculer dans le camp Nkurunziza.

Reste l’Afrique du Sud, qui sera représentée par son vice-président. Le numéro 1 sud-africain Jacob Zuma, qui avait pris la relève de Nelson Mandela dans les années 2000 dans le rôle de principal médiateur dans la crise burundaise, s’est également prononcé pour le respect de l’accord d’Arusha.

A écouter : des habitants de Bujumbura divisés sur le sommet en Tanzanie
13-05-2015 - Par Sonia Rolley