Burundi: Godefroid Niyombaré avait mis en garde Nkurunziza

Nouvelles barricades dans différents quartiers de Bujumbura, Burundi, le 13 mai 2015.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Alors qu’une tentative de coup d’Etat contre Pierre Nkurunziza, émanant de l’ex-chef d’état-major, Godefroid Niyombaré, est en cours au Burundi, Thierry Vircoulon chercheur à l'International Crisis Group, explique qui est le général putschiste et analyse, plus généralement, l'appareil sécuritaire du Burundi.

Le général Godefroid Niyombaré est un officier issu du parti au pouvoir, le CNDD-FDD.
Il a fait la guerre civile dans ses rangs. Après l’accord d’Arusha, il a été chef d’état-major adjoint puis chef d’état-major de l’armée. Dans ce cadre, il a été l’un des principaux artisans de l’intégration de l’armée burundaise, c’est-à-dire l’intégration des différents mouvements de guérillas dans l’armée burundaise.

Une réputation de modéré

Il a ensuite été brièvement à la tête des services de renseignements entre la fin de l’année dernière et le début de cette année 2015. Brièvement, car il a été limogé par le président au bout de trois mois. Avant son limogeage, il avait d’ailleurs recommandé à ce dernier de ne pas se présenter une nouvelle fois.

Il conserve une certaine autorité et une certaine popularité parmi les soldats. C’est quelqu’un qui était très apprécié dans les cercles militaires pour son rôle dans l’intégration de l’armée, et donc apprécié aussi bien des officiers hutus que des officiers tutsis. Il a donc la réputation d’être un modéré du CNDD-FDD.

Une armée qui semble divisée suite à son initiative

L’armée burundaise est le résultat de l’intégration de plusieurs mouvements de guérillas.
Par conséquent, elle est composée de plusieurs factions qui ont des affinités politiques différentes et qui appartiennent à des ethnies différentes. Cette division n’est donc pas surprenante.

Parfois, l’armée cherchait à protéger les manifestants alors que la police était vraiment chargée d’une répression assez dure. Cela est dû à la différence de composition entre la police et l’institution militaire. La police a accueilli beaucoup plus de gens du parti au pouvoir que l’armée où les équilibres sont à peu près « égaux ».

Du coup, le pouvoir a toujours eu un contrôle beaucoup plus serré sur la police que sur l’armée. Nous avons écrit un rapport il y a un mois sur la situation au Burundi et on mettait en évidence ces divisions entre les forces de sécurité et à l’intérieur de l’institution militaire.

Quant à savoir si la police pourrait rejoindre les rangs des militaires qui souhaitent la destitution de Pierre Nkurunziza, là aussi, il y a des éléments dans la police qui ne sont pas favorables au président Nkurunziza, mais ils sont minoritaires, et donc on ne peut pas écarter un scénario où il y aurait une fracture très forte parmi les forces de sécurité et où, aussi bien du côté police que du côté armée on aurait deux camps en présence.

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