Sahel: renforcer la lutte contre le terrorisme et l’émigration clandestine

Dans le camp où elles ont été accueillies à Yola, beaucoup de femmes rescapées de Boko Haram portent des nouveaux-nés.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

Le groupe existe depuis un peu plus d'un an. Pour coordonner leurs politiques de développement et de sécurité, la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso ont décidé en 2014 de s'unir au sein du G5 Sahel. Nouvelle étape de cette construction régionale : les ministres de la sécurité des cinq pays du Sahel se retrouvent, ce jeudi, à Niamey.

Envoyé spécial à Niamey,

Leur première rencontre, en tant que G5 Sahel, avait eu lieu l'an dernier à Nouakchot. Les ministres avaient alors décidé de créer une plateforme de coopération en matière sécuritaire. L'organisation étant naissante, « il faut désormais doter cette plate-forme d’un contenu opérationnel » explique Najim El Hadj Mohamed, le secrétaire permanent du G5 Sahel, pour qui les évolutions régionales ont rendu cette intégration nécessaire. « Depuis la débâcle en Libye, le nord de certains pays est devenu un no-mans land où vivent les terroristes, où tous les trafics illicites ont pris place. C’est le cas notamment du crime organisé à travers le trafic de drogues, d’armes, d’être humains et même l’économie de l’enlèvement. Donc il faut que les Etats se mettent ensemble pour contrecarrer cela. »

Echange de renseignements

Pour barrer la route aux terroristes et trafiquants en tous genres, le G5 veut mettre l'accent avant tout sur l'échange de renseignements. « Il doit se faire de manière instantanée, pratiquement en temps réel » estime le ministre nigérien de l'Intérieur, Massoudou Hassoumi. Echanges donc entre pays sahéliens confrontés à divers groupes armés - al Mourabitoune, Ansar Dine, AQMI, Boko Haram… - mais aussi avec des partenaires plus lointains : des représentants égyptien, français, espagnol et de l’Union européenne sont également présents à Niamey. Pour Bernard Cazeneuve, le ministre français de l’Intérieur, « l’échange d’informations peut nous permettre de démanteler des groupes qui projetteraient de commettre des attentats, dans la bande sahélo-saharienne comme en Europe ». L’intérêt est commun.

Parmi les outils sécuritaires dont pourrait se doter le G5, il est également question d'une harmonisation des politiques de lutte contre le terrorisme et de patrouilles communes le long de ces frontières difficiles à contrôler. Mais l’approche pourrait plus large. Des experts de la région se sont réunis lundi à Niamey, sous l'égide des Nations unies, pour préparer cette réunion ministérielle et leur plan contre la radicalisation repose sur « une approche holistique » souligne Hiroute Guebré Sellassié, l'envoyée spéciale de l'ONU pour la région du Sahel. « Il a été question de se pencher sur la jeunesse et de lui donner une perspective d’avenir. Nous avons parlé aussi d’éducation, de la mauvaise gouvernance, de la formation des imams. »

« Arrêter les flux migratoires »

Le Sahel est également une zone de transit pour les passeurs. 50 à 60% de ceux qui traversent la Libye vers l’Europe passent par la région. Et si les événements récents ont souligné que la traversée de la Méditerranée peut se transformer en drame, celle du Sahara est également « une épreuve terrible pour les migrants », souligne le ministre nigérien de l'Intérieur. Il faut donc agir, dit-il, dans les villes de transit. Pour Massoudou Hassoumi, « il est urgent que tout le monde coopère pour arrêter les flux migratoires, notamment à Agadez. Par conséquent, nous nous attendons à ce que des actions communes soit menées et que des décisions soient prises, notamment par rapport au centre de transit d’Agadez : créer des centres d’accueil, donner des moyens à la police pour contrôler ces flux migratoires et créer les conditions pour le retour ».

Arrêter les flux migratoires, c’est une initiative soutenue par les partenaires européens du G5 Sahel ce qui explique la présence du représentant spécial de l'Union européenne pour la région et des ministres de l'Intérieur espagnol et français. Pour Bernard Cazeneuve, « cela permettra de distinguer à partir des pays de transit ceux qui relèvent de la politique de l’asile, de la protection des pays de l’Union européenne de ceux qui relèvent de l’immigration économique irrégulière et qui doivent être accompagnés pour demeurer dans leur pays où des programmes d’insertion, de développement économique, de création d’entreprises doivent être initiés ». Car ce sont là les deux piliers de la politique migratoire que la France préconise: mieux accueillir ceux qui fuient les guerres et persécutions mais aider ceux qui relèvent de l'immigration économique à rester chez eux. Une vision partagée des deux côtés de la Méditerranée et qui devrait être soulignée lors de ce sommet du G5 Sahel.