Projet d'accord de paix inter-malien: une signature en demi-teinte?

Des membres de la délégation CMA lors du paraphe du projet d'accord de paix par leur représentant Bilal Ag Chérif, le 14 mai 2015 à Alger.
© AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Ce vendredi 15 mai 2015 pourrait être une journée cruciale pour l'avenir du Mali. L'accord de paix dit d'Alger, négocié depuis huit mois, sera normalement signé dans la journée à Bamako. Mais l’absence des groupes armés fait baisser la valeur de cet accord de paix.

« C'est malheureusement le Mali qui signe avec le Mali », déclare, pessimiste et déçu, un diplomate de la sous-région qui ajoute : « Eh oui, il faut être deux pour signer un accord... » Jeudi, à Alger, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, rassemblement des principaux groupes armés arabes et touaregs du nord du Mali) a paraphé l'accord de paix. Mais « parapher n'est pas signer », explique la coalition, qui exige de nouvelles discussions avec Bamako avant toute signature définitive.

« Le paraphe est juridiquement distinct de la signature. Et c'est à ce titre que nous avons apposé notre paraphe au document d'Alger dans le but de continuer les discussions », explique ainsi Mossa Ag Attaher. Le porte-parole du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, membre de la CMA), basé à Ouagadougou, complète : « Pour nous, au niveau de la CMA, le paraphe est un acte politique important qui démontre la bonne foi et la bonne volonté et toute la détermination de la CMA à aller vers l'aboutissement du processus de négociations et arriver à la paix. »

Trois points de discussions

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Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, qui a mené toutes les négociations, « regrette cette absence de la CMA ». Mais, analyse-t-il, « le paraphe me semble-t-il est une forme de reconnaissance de la validité de cet accord. Et la non-présence de la CMA à la signature, comme on dit, ce n'est pas la fin du monde. J'imagine qu'après la signature de l'accord, les contacts vont continuer. Mais pour que l'on puisse échanger dans la sérénité, il faut que la paix revienne. »

Rien n’indique si, oui ou non, de nouvelles discussions entre Bamako et les groupes armés reprendront rapidement. La CMA a pointé 14 points de l’accord de paix qu’elle souhaite revoir, notamment la volonté de créer une assemblée pour les régions du nord du Mali. La Coordination souhaite également que la majorité des soldats qui composeront l'armée régulière dans le nord soient issus de leurs groupes. Les rebelles demandent par ailleurs que le terme « Azawad », utilisé pour définir le nord du Mali et qui n'a pour le moment qu'une portée symbolique dans l'accord, revête à l'avenir une véritable valeur géographique et politique.

Au nord du mali, deux visions distinctes

Les divisions entre Bamako et les groupes armés sont donc nombreuses. On les retrouve au sein des populations du nord du Mali, notamment dans les deux grandes capitales de la région : Gao et Kidal. A Gao, la majorité des habitants est toujours restée fidèle aux autorités de Bamako. Pour Copa, jeune commerçant, les groupes armés doivent signer l'accord, cela permettra de relancer le développement et donc d'aller vers la paix. « Tant que l'accord n'est pas signé, on ne peut pas avancer, explique-t-il, parce que les gens en ont marre ici. Après tout ce que les gens ont vécu ici par rapport à l'occupation, les gens pensent qu'avec la signature de l'accord, ça va contribuer au développement, puis à la sécurité de la ville. Il ne s'agit pas seulement de parapher, il faut parapher et signer pour qu'il y ait la paix. »

Autre mentalité, autre identité bien différente plus au nord à Kidal. Izga est un doyen, il a connu toutes les rébellions depuis les années 1960 ; les victoires comme les défaites, et la répression aussi. Il estime que cet accord n'est pas bon dans sa version actuelle : « Si cet accord est signé, c'est pratiquement un recul, un grand recul. L'accord ne vaut rien, l'accord ne prend pas compte nos aspirations, parce qui si le Mali revenait, ce serait les souffrances d'avant, les droits bafoués, bref ! il n'y aura plus rien, même pour nous. Quoi que l'on fasse, c'est une mauvaise paix, c'est un mauvais accord. La paix ne revient pas comme ça. »

Problèmes de sécurité avec la présence de jihadistes et de trafiquants, crise économique, crise alimentaire dans certaines zones, crise sociale aussi avec une absence de système de santé, de système éducatif... Le nord du Mali est confronté à des réelles difficultés. L'accord de paix devant être signé ce vendredi permettra-t-il d'apporter des solutions concrètes aux populations ? A voir.