Burundi: 18 putschistes présumés présentés devant le parquet

Le général Juvénal Niyungeko s'est rendu ce samedi 16 mai.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Trois jours après la tentative ratée de coup d'Etat au Burundi, 18 putschistes présumés arrêtés ces deux derniers jours à Bujumbura ont été interrogés devant le parquet général de la République auprès de la Cour suprême. Ils sont « accusés de tentative de renversement des institutions », selon un de leurs avocats. Parmi eux, le général Cyrille Ndayirukiye.

Les avocats des généraux sont arrivés à 9h30. Parmi eux, celui du général Cyrille Ndayirukiye, le numéro 2 du mouvement, qui avait été arrêté vendredi matin avec deux commissaires de police. C’est la première fois que les avocats avaient accès à leurs clients plus de 24 heures après leur arrestation. Ils découvrent alors qu’il y a à ce moment 17 arrêtés au total, tous militaires ou policiers. Sauf un. Celui-là est un civil, un chef de projet arrêté jeudi alors qu’il se rendait accompagné d’un major à Gitega. Il a été libéré après cette première journée d’interrogatoires. Il dit avoir été arrêté par hasard et être un peu surpris que son compagnon de route, un militaire, reste lui détenu.

Mauvais traitements

Tous ont été détenus depuis leur arrestation à la Documentation, les services de renseignement burundais. Les avocats dénoncent leurs conditions de détention et des mauvais traitements, des coups infligés aux plus gradés d’entre eux. Ils étaient détenus et menottés deux par deux et ont été privés de nourriture. Les avocats ont insisté pour que cela soit noté dans le procès verbal.

Par ailleurs, des militaires disent avoir été arrêtés alors qu’ils défendaient la Radio publique africaine. Ils se seraient rendus, ont-ils expliqué à leurs avocats, quand ils se sont rendu compte que ceux qui avaient donné l’assaut étaient des policiers et des militaires comme eux.

Il y a aussi le cas du général Juvénal Niyungeko. Il s’est pour sa part rendu aujourd’hui. Il avait contacté un avocat, expliquant qu’il craignait pour sa vie. Comme tous les autres prévenus, il est arrivé au parquet général de la République pieds nus. Seuls les hauts gradés ont pu être assistés par un avocat. Pour les autres, des avocats mandatés par une organisation de défense des droits de l’homme avaient fait le déplacement, mais ils ont été bloqués par la police pendant plusieurs heures parce qu’ils n’avaient pas les noms de leurs clients. Un de leurs confrères a noté ces noms pour les leur transmettre. Quand ils ont finalement pu accéder à la salle d’interrogatoire, ceux-ci étaient finis.

Appel à la retenue

« Nous avons certainement des inquiétudes à propos des droits de l’homme et d’attaques revanchardes », a déclaré vendredi soir Farhan Haq. Le porte-parole des Nations unies a ensuite précisé que Ban Ki-moon, qui espère parler au président Nkurunziza dans les prochains jours, a exhorté les leaders politiques de la région à se joindre aux efforts pour sortir de cette crise.

De leur côté, les Etats-Unis, qui ont évacué des membres de leur ambassade locale, ont mis en garde le chef de l'Etat burundais contre des « violences » en représailles envers le groupe de putschistes. Le département d'Etat appelle au calme, à la retenue et demande également le report des élections de quelques semaines ou mois, le mandat de Pierre Nkurunziza expirant en août.

La sous-secrétaire d'Etat américaine aux Affaires africaines, Linda Thomas-Greenfield, a insisté sur ces différentes exigences et a demandé à Pierre Nkurunziza de respecter les accords d’Arusha en précisant que les Etats-Unis ne soutenaient pas sa décision de briguer un troisième mandat. « Pour nous, le risque de violence et d'insécurité ne pourrait qu'être exacerbé dans les prochaines semaines. Nous sommes donc profondément inquiets et par conséquent, nous appelons urgemment le gouvernement à dénoncer les violences, à éviter les représailles et à trouver une solution politique pour aller de l'avant », a déclaré Linda Thomas-Greenfield.

Le médiateur de l’Union africaine pour le Burundi, Edem Kodjo, appelle également au respect des institutions. « Il y a, dans le contexte actuel, nécessité du report des élections », a-t-il déclaré. L’élection présidentielle burundaise est prévue le 26 juin prochain.

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