Nkurunziza assure que «la paix et la sécurité règnent au Burundi»

Un manifestant brandit une bible lors des affrontements avec la police, mercredi 20 mai à Bujumbura.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Les élections législatives et communales au Burundi sont reportées d'une semaine, a décidé le président Pierre Nkurunziza pour répondre aux demandes de l'opposition et de la communauté internationale. Dans une allocution à la radio-télévision nationale mercredi soir, le président Pierre Nkurunziza a assuré que ces élections se dérouleront « dans la paix ». Il a aussi mis en garde la presse locale comme internationale, leur reprochant d’attiser les manifestations.

Dans son nouveau message à la nation, le troisième depuis la tentative de coup d’Etat il y a une semaine, Pierre Nkurunziza promet que les élections vont se dérouler dans la paix et la tranquillité au Burundi. Ces manifestations qui visent à l’empêcher à briguer un troisième mandat et qui durent depuis plus de trois semaines, le président burundais les a balayées d’un revers de la main. « La paix et la sécurité règnent au Burundi », a lancé Nkurunziza en expliquant que ce mouvement de protestation qu’il qualifie d’insurrection ne touche que quatre quartiers de la capitale sur les plus de 3 000 collines et quartiers du Burundi. Cela signifie, aux yeux de Pierre Nkurunziza, que la paix et la sécurité règnent sur 99,9 % du territoire burundais.

Il s’en est ensuite pris aux médias burundais et étrangers. Il a mis en garde les médias locaux et internationaux « qui tenteraient de diffuser des informations de nature à semer la haine et la division entre Burundais et à jeter le discrédit sur le Burundi ou encourager des mouvements d'insurrection surtout pendant cette période électorale ». La majorité des médias privés du Burundi a été détruite lors de la tentative de coup d’Etat. Seule la Radio-télévision nationale du Burundi (RTNB), sur laquelle le président s'est exprimé mercredi soir, et la radio de l'Eglise catholique émettent toujours.

Journalistes menacés physiquement

Cette mise en garde présidentielle tombe au moment où l’on sent un changement d’attitude du côté des autorités burundaises. Sur le terrain, les sourires des forces de l’ordre envers les journalistes étrangers des premiers jours des manifestations font de plus en plus place à l’hostilité, et la police a durci très sensiblement le ton. Mercredi, les forces de l’ordre proféraient des menaces contre les journalistes étrangers qui couvraient les manifestations. Ils ont été sommés de partir, faute de quoi ils seraient fusillés comme des manifestants.

Les médias étrangers se voient régulièrement reprocher d’attiser la contestation en couvrant de manière excessive les manifestations et en insistant sur la répression policière. L'ensemble des correspondants et envoyés spéciaux étrangers au Burundi a été convoqué jeudi matin au Conseil national de la Communication (CNC), l'organe de régulation du secteur. L'ordre du jour n'a pas été communiqué.

Un report qui ne satisfait guère

Les élections législatives et communales auront donc lieu le 5 juin, au lieu du 26 mai initialement prévu. Ces deux scrutins constituent la première étape des élections générales avec comme point d’orgue la présidentielle du 26 juin prochain. Pressé de toute part pour qu’il reporte les élections parce que le Burundi vit toujours au rythme des manifestations contre son troisième mandat, Pierre Nkurunziza a décidé de faire un report a minima.

L’opposition estime que cela ne va pas résoudre les problèmes auxquels le Burundi est aujourd’hui confronté : la question du troisième mandat de Nkurunziza notamment, l’insécurité, l’armement de la jeunesse du parti au pouvoir et l’impossibilité pour l’opposition de faire campagne dans les conditions actuelles. Pour Frédéric Bamvuginyumvira, ancien vice-président du Burundi et actuel vice-président du parti d'opposition du Front pour la démocratie au Burundi, le Frodebu ce report de quelques jours n’est pas suffisant et souhaite un report sine die : « Nous nous inscrivons dans cette logique-là pour que nous ayons des élections libres, transparentes, paisibles. Il faut que nous ayons traité des problèmes inhérents justement à ces élections à savoir l’insécurité des élections, le fichier électoral… »

La société civile à la pointe du combat contre le troisième mandat n’est pas en reste. Enfin, ce report d’une grosse semaine ne devrait pas également satisfaire la communauté internationale qui fait également pression pour un report des élections. « Cela ne règle rien », estime mercredi soir un diplomate en poste au Burundi. Celui-ci appelle plutôt à des discussions directes entre les partis.

En ce qui concerne la sécurité, nous portons encore une fois à la connaissance de l’opinion nationale et internationale que toutes les 119 communes que compte le pays sont calmes, il en est de même de toutes les 18 provinces qui composent le Burundi. Bien plus, nous remercions tous les Burundais pour avoir été solidaires durant ces moments difficiles. Cela n’a pas toujours été ainsi. Il sied de souligner que sur 3002 collines et quartiers, 2998 collines et quartiers sont calmes. En effet, il est étonnant que ce mouvement d’insurrection ne soit signalé que dans quatre quartiers de la seule mairie de Bujumbura. Cela signifie que la paix et la sécurité règnent sur 99,9% du territoire burundais, et la population vaque normalement à ses activités. Nous lançons un vibrant appel à la population de ces quartiers pour qu’elle se ressaisisse parce que la sécurité règne dans tout le pays ce qui signifie que les élections se dérouleront dans la paix et la tranquillité.

Pierre Nkurunziza
21-05-2015 - Par Sonia Rolley

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