Burundi: une mobilisation au-delà des manifestations

A Bujumbura, ceux qui ne manifestent pas peuvent par exemple exprimer leur soutien au mouvement en aidant, en donnant de l'eau aux manifestants.
© REUTERS/Jean Pierre Harerimana

Quatrième semaine de manifestations contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza au Burundi. Malgré la répression et une tentative de coup d'Etat ratée, la mobilisation ne faiblit pas dans les rues de Bujumbura. Et elle va au-delà des simples manifestations de rue car de nombreux Burundais participent à leur façon, ce qui paralyse pratiquement la capitale.

Chaque jour, 200 à 300 jeunes manifestent dans les rues de la capitale. Le soleil tape dur, la chaleur est étouffante ce qui ne semble pas décourager ces manifestants qui chantent à longueur de journée leurs slogans contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

Mais on comprend vite pourquoi. Car, au bord de la route, des femmes jeunes ou vieilles tiennent des seaux remplis d’eau. « Nous donnons de l'eau aux manifestants, explique l’une d’elles. C'est pour les aider car ils ont soif. Nous sommes de tout cœur avec eux. »

Cette famille, comme bien d’autres à Nyakabiga, contribue à l’effort général en partageant ses repas avec plusieurs manifestants qui n’ont pas eu le temps d’aller se chercher à manger. Mais beaucoup, comme cette vieille dame, ont peur. « Si tu dis ce que tu fais, tu es pourchassé et tué, affirme-t-elle. Nous avons décidé de nous asseoir et de nous taire. »

Joseph est un fonctionnaire de 45 ans. Il ne manifeste pas dans la rue, mais depuis trois semaines, il ne va plus à son travail comme des dizaines de milliers d’autres fonctionnaires burundais, de taxis ou autres commerçants. Ils ont décidé de tout arrêter tant que Pierre Nkurunziza n’aura pas renoncé à son troisième mandat. « Les gens peuvent manifester en allant dans la rue, mais d’autres peuvent faire des manifestations en ne vaquant pas à leur travail quotidien, avance-t-il. Donner de l’eau par exemple, c’est une manière de manifester, de montrer qu’ils sont solidaires avec les autres manifestants. »

Mais plus de trois semaines après le début de la contestation, de plus en plus de gens n’en peuvent plus car chaque jour, la vie devient un peu plus difficile.