Deux chefs jihadistes tués au Mali: une opération longuement préparée

Des militaires français dans la ville de Kidal, au nord du Mali.
© AFP PHOTO/KENZO TRIBOUILLARD

Les autorités françaises ont confirmé ce mercredi l'élimination de deux chefs jihadistes dans le nord du Mali. L'opération a été menée dans la nuit du 17 au 18 mai au nord-est de Kidal.

Depuis la vaste opération militaire dans le massif du Tigharghar, au printemps 2013, les militaires français avaient observé un retour progressif des jihadistes dans leur zone de prédilection au nord de Kidal dans un triangle Abeïbara, Tinzaouaten, Bourassa à la frontière algérienne. Au début de cette année, l'armée française via les commandos du groupement Sabre et la force française Barkhane a repris un ratissage minutieux de cette région de l'Adrar des Ifoghas.

« Al-Targui, c'est deux ans de travail. C'est un maillage qui se ressert en permanence », indique un responsable de l'armée française, qui pointe l'importance des drones et des avions pour suivre les déplacements. Visiblement, les deux chefs jihadistes avaient convenu d'un rendez-vous dans la plus grande discrétion. Les deux hommes se sont déplacés uniquement avec un garde chacun. « Ils avaient besoin de se parler en tête à tête », indique l'une de nos sources. Et malgré leurs précautions, ils ont commis une faute.

Un point est essentiel. L'armée française a découvert qu'Abdelkrim al-Targui jouait un rôle capital dans l'organisation des ravitaillements, notamment en armes, et qu'Ibrahim Ag Inawalen était ces derniers mois l'adjoint d'Iyad Ag Ghali. Son messager également. « Pour nous, c'est lui le numéro 2 d'Ansar Dine », affirme un militaire. Toutes les actions de celui que les jihadistes surnomment Bana étaient étudiées par les services français. « Je ne vous dirai pas lequel nous a menés à l'autre, esquive le cadre de l'état-major. La situation est devenue extrêmement intéressante et nous avons donc déclenché l'action ».

Deux véhicules interceptés

Cette opération militaire française s'est déroulée dans le massif de l'Adrar des Ifoghas. Exactement, selon nos informations, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest d'Abeïbara. Selon le journal Le Monde, les forces spéciales françaises avaient repéré un campement de onze hommes. Alors que l'opération aéroportée était programmée pour la nuit de dimanche à lundi, trois véhicules ont inopinément quitté ce campement et ont pris des directions différentes.

Le Monde indique qu'un des pick-up a été détruit par une frappe d'hélicoptère, l'un des deux autres a été pris en chasse jusqu'aux abords d'une cache rocheuse. Dans ce véhicule se trouvaient Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag Inawalen. Accompagnés de leurs gardes, les jihadistes auraient alors répliqué à la kalachnikov. La source militaire, citée par le quotidien français, indique que c'est là que les quatre hommes ont été abattus. Al-Targui a été reconnu formellement en raison notamment de sa grande taille et d'autres caractéristiques. Les forces françaises disent avoir démantelé le campement. Reste à savoir ce qu'est devenu le troisième 4x4 et qui étaient les personnes à bord du véhicule détruit.

Ibrahim Ag Inawalen, dit Bana, était le numéro 2 du groupe jihadiste Ansar Dine. Abdelkrim al-Targui est le premier touareg malien à avoir pris la tête d'une katiba d'Aqmi. Son nom est lié à la plupart des enlèvements d’otages occidentaux dans la région. C'est lui qui a revendiqué l'enlèvement et la mort de nos confrères Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Le commanditaire présumé de ce double assassinat reste cependant un autre touareg jihadiste, Sidane Ag Hita, qui court toujours.