Les correspondances de Ben Laden avec Aqmi et les shebabs somaliens

Oussama Ben Laden est montré sur cette vidéo, saisie par le Pentagone le 7 mai 2011.
© REUTERS/Pentagon/Handout

Les correspondances d’Oussama Ben Laden sont riches en enseignements sur ses liens avec la franchise al-Qaïda au Maghreb islamique. La CIA a déclassifié cette semaine 103 documents retrouvés dans la villa d’Abbottabad, au Pakistan, où les forces spéciales américaines avaient abattu le chef terroriste. On découvre dans ces documents que Ben Laden suivait de près les affaires d’Aqmi et conseillait aussi les shebabs somaliens.

Dans plusieurs courriers, Oussama Ben Laden recadre les émirs d’Aqmi. Ces derniers, dit-il, ne doivent pas se tromper d’ennemi. « Nous nous sommes déployés au Maghreb islamique pour briser le pouvoir de notre principal ennemi en attaquant les ambassades américaines en Afrique ». Il cite en exemple celles de la Sierra Leone et du Togo, qui ne sont pas exactement dans la zone d’implantation d’Aqmi.

Dans ce même courrier non-daté, il conseille aux chefs d’Aqmi de mener des attaques contre des compagnies pétrolières américaines. Ben Laden poursuit « notre but est de déraciner l’arbre odieux en commençant par le tronc américain ». Les Etats-Unis restent une de ses priorités. « La règle », insiste-t-il, c’est de ne pas s’attaquer à l’ennemi local, excepté dans les cas où ses patrouilles se rendent sur « les localités de nos frères. »

Aucun de ces courriers n’est dédié spécifiquement à Aqmi, la franchise est mentionnée au détour de paragraphes. Ils confirment qu’al-Qaïda central réclamait aussi de sa franchise des opérations terroristes spectaculaires. Il ajoute même : « Ils ne doivent pas lésiner sur les quantités d’explosifs utilisés ni sur le nombre de martyrs. »

Le chef d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, avait fait état de cette pression dans une lettre adressée à Mokhtar Belmokhtar en octobre 2012. C’est peut-être cette pression et le souhait du dissident Belmokhtar de se placer sous le commandement direct d’al-Qaïda central, qui a inspiré la prise d’otages sanglante d’In Amenas en Algérie et le double attentat au Niger.

Oussama Ben Laden, dans les correspondances qui précèdent l’occupation du nord du Mali par les jihadistes, ne juge pas nécessaire, « pour le moment », d’édifier un Etat islamique. Il est enfin question d’argent dans ces échanges. « Sur la question des dix millions d’euros par an », dit Ben Laden sans plus de précisions, « il ne faut pas nécessairement se montrer inflexible ».


Les conseils de Ben Laden aux shebabs somaliens

Dans une lettre datée du 7 août, Oussama Ben Laden évoque la situation en Somalie et donne une série de recommandations aux shebabs pour ne pas s’aliéner la population. Ahmed Godane, l’émir des shebabs, lui avait écrit pour lui demander de fusionner avec al-Qaïda, ce qu’Oussama Ben Laden a toujours décliné.

Dans cette lettre, Oussama Ben Laden s’apprête à refuser la requête de l’émir des shebabs de fusionner avec al-Qaïda. « J’ai inclus une lettre à Abu Zubeyr qui répond à certaines de ses questions ». Puis, il poursuit par une série de conseils pour que les shebabs ne s’aliènent pas la population.

Il recommande notamment de ne pas maltraiter les groupes soufis pour ne pas les précipiter dans les bras de l’ennemi, alors qu’à l’époque, en Somalie, leurs lieux saints sont profanés et leurs chefs assassinés. Il exhorte les shebabs à ne pas s’attaquer au quartier général de l’Amisom à Mogadiscio afin d’éviter des représailles sur le marché de Bakara qui font, à chaque fois, de nombreuses victimes civiles. « Ils devraient plutôt les attaquer sur le chemin de l’aéroport », conseille-t-il.

Il encourage à développer des projets agricoles, mettre en place des plans d’irrigation, planter des arbres fruitiers, surtout des dattiers et des oliviers, précise-t-il. Il se montre soucieux de la protection de l’environnement et appelle à ne pas couper trop d’arbres. Le commerce du charbon rapporte alors plus de 15 millions de dollars par an aux shebabs selon l’ONU. « Le changement climatique crée des sécheresses et des inondations, les frères somaliens doivent être alertés », écrit-il.

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