«Lamb», le cinéma éthiopien a fait son entrée au Festival de Cannes

« Lamb » de Yared Zeleke, projeté dans le cadre de Un Certain Regard, le film éthiopien se trouve en sélection officielle du Festival de Cannes 2015.
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Pour la première fois dans l'histoire du plus grand Festival de cinéma au monde, un film éthiopien a été présenté en sélection officielle. Depuis sa projection le mercredi 20 mai, dans la section Un Certain Regard, et en tant que premier film, «Lamb» de Yared Zeleke est même en lice pour le prix de la Caméra d’or. Au centre de ce conte contemporain se trouvent un garçon de neuf ans, un agneau et l’histoire de l’Éthiopie.

La première image ? La main d’un enfant qui caresse un agneau. Non, Lamb n'est pas la version éthiopienne de Shaun, le mouton futé, facétieux et si britannique. Plus que le mammifère ruminant, c’est le jeune garçon qui domine le récit. Ephraïm a neuf ans, il a perdu sa mère à cause d’une famine qui a ravagé le pays. Et maintenant, il est obligé de quitter son village bien aimé, parce que son père appauvri doit chercher du travail en ville.

Malgré ces catastrophes à répétition, le résultat n’a rien d’un mélodrame pour épater la galerie. Au contraire, la caméra garde une étonnante distance vis-à-vis des émotions contenues dans ce récit demi-autobiographique du jeune réalisateur éthiopien. Né à Addis-Abeba ou il a grandi dans les bidonvilles, Yared Zeleke raconte dans ce long métrage, dédié à sa grand-mère qui l'avait élevé, un pan de l’histoire terrible qui avait secoué son pays dans les années 1980 avec des guerres civiles et une famine qui, en 1984 et 1985, avait causé presque un million de morts.

Un récit initiatique

Hélas, cette vérité profonde reste hors champ et très difficile à décrypter dans ce film qui préfère respirer par les images d’une beauté époustouflante d’un paysage éthiopien largement inconnu. C'est dans les terres volcaniques du nord-est de l'Éthiopie que se déroule le périple de ce duo inséparable. Le jeune garçon et son mouton Chuni nous font vivre une sorte de récit initiatique. L’histoire prend forme quand le père dépose son fils chez sa tante dans les montagnes vertes de la région Balé, loin de leur terre natale dévastée par la sécheresse.

La famille d’accueil considère le mouton comme un cadeau inespéré, voire le sacrifice de la bête lors de la Fête de la croix comme le passage obligé pour qu’Ephraïm devienne un homme… Mais les lois de la tradition et de la religion chrétienne se heurteront aux ruses du petit garçon et à l’émancipation incarnée par la fille adoptive de la famille d’accueil.

D’Addis-Abeba à New York

Avec Lamb, Yared Zeleke est parvenu à ce que Haile Gerima, jusqu’ici la gloire du cinéma éthiopien et couronné par l’Étalon d’or au Fespaco 2008 avec Teza, n’avait pas réussi : entrer dans l’histoire comme le premier cinéaste éthiopien en sélection officielle du Festival de Cannes.

Mais derrière cette fierté pour ce film tourné en langue amharique se cache une réalité complexe. Car après Addis-Abeba, Yared Zeleke avait grandi à Washington DC pour étudier ensuite le cinéma à la prestigieuse Tisch School of the Arts à New York. Pour gagner sa vie, il a travaillé pour des ONG en Norvège, en Namibie et aux États-Unis, mais a aussi réalisé des films comme Housewarming, qui raconte l’histoire d’une immigrée à New York, ou Tigist, un documentaire sur une jeune Éthiopienne qui rêve de devenir pilote de ligne en Californie.

Slum Kid Films en Ethiopie

Revenu au pays, il a créé avec l’Anglo-Ghanéenne Ama Apadu sa propre boîte de production, Slum Kid Films. Pour financer le budget de 1,2 million d’euros et produire Lamb, Yared Zeleke a à la fois collaboré avec Wassakara Productions du réalisateur franco-ivoirien Philippe Lacôte, mais aussi fait appel à plusieurs institutions en Europe.

Jusqu’à aujourd’hui, Addis-Abeba dispose d’une quinzaine de salles de cinéma et il y a chaque année trois millions de spectateurs en Éthiopie, mais le pays ne dispose d’aucun fonds pour soutenir le cinéma.

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