Aujourd'hui, les débats se multiplient sur les questions de savoir quelle vision de l’agriculture il convient de privilégier, quel nouveau modèle agricole il faut adopter.
© REUTERS/Benoit Tessier

L’agriculture, une question géopolitique ? Sans aucun doute au regard de son lien au territoire, aux rivalités d’acteurs, aux questions de puissance, de souveraineté et de sécurité. Le changement climatique et la démographie mondiale ont placé la question agricole en tête de liste des politiques à mener prioritairement.

L’Exposition universelle, qui a ouvert ses portes le 1er mai dernier à Milan en Italie et qui se tient pendant six mois, est l’occasion d’une réflexion sur le défi que constitue la capacité à nourrir la planète en 2050 avec ses neuf milliards d’êtres humains, deux milliards de plus qu’aujourd’hui. Alors que les débats se multiplient sur les questions de savoir quelle vision de l’agriculture il convient de privilégier, quel nouveau modèle agricole il faut adopter, polyculture, monoculture, plantes génétiquement modifiées, des voix de plus en plus nombreuses s’alarment des fausses solutions offertes par l’agrobusiness et alertent sur le manque d’investissement et de soutien dans l’agriculture familiale. On le sait peu, l’agriculture à petite échelle assure aujourd’hui 75% des besoins alimentaires mondiaux. Pour combien de temps encore ?

Ici les accaparements de terres, là des suicides de paysans, des conflits, des révolutions, des guérillas. On a le sentiment de découvrir une réalité à propos de l’agriculture qui, soit est nouvelle, soit a été longtemps ignorée, sous-estimée, voire tenue pour négligeable. La question agricole est-elle davantage aujourd’hui sujette aux tensions que par le passé ? C’est à cette question que répondent Pierre Blanc sur le Proche-Orient, Christian Bouquet sur l’Afrique sub-saharienne, et Jean-Luc Racine sur l’Inde.

Au Proche-Orient, les réserves foncières et hydriques n’assurent plus la sécurité alimentaire

L’agriculture au Proche-Orient est sans doute moins que les autres placées sous les feux médiatiques alors que non seulement elle est affectée par les crises que traverse la région mais elle tient de surcroît une place réelle dans les soubassements de ces crises. L’oubli de l’agriculture fut un facteur de déclenchement de la guerre civile au Liban qui sévit entre 1975 et 1990. La question agricole a également sa part de responsabilité dans l’initialisation de la guerre qui sévit actuellement en Syrie. L’un des points communs entre les pays de la région aujourd’hui est que les réserves foncières et hydriques n’assurent plus la sécurité alimentaire et l’indépendance, essentiellement pour des raisons démographiques et de changement climatique. D’où ce degré élevé de recours aux marchés internationaux et des risques que cela comporte.

L’Inde, qui fait partie des trois premiers pays agricoles au monde, n’en est pas moins aux prises avec une ample crise qui met en exergue la rivalité entre industrie et agriculture. Le secteur agricole ne représente plus que 15% du PIB alors que la moitié des Indiens en dépendent. Le tableau de l’agriculture indienne est contrasté : quadruplement de la production agricole en un demi-siècle grâce notamment à la révolution verte initiée en 1970. Mais les petits paysans manquent de soutien public. Et l’Inde demeure un pôle mondial de pauvreté rurale et d’enfants en état de sous-nutrition.

Des dizaines de millions de paysans bientôt sans terre en Afrique sub-saharienne ?

Le lien entre conflictualité et agriculture est particulièrement prégnant en Afrique sub-saharienne. Guerre civile larvée en Côte d’Ivoire dès les années 1990 et accaparement de terres ayant conduit à la chute du président Marc Ravalomanana à Madagascar en 2009. La tendance à l’accaparement de terres s’accélère. Finira-t-il par prévaloir ? En 2000, la proportion de terres immatriculées ne dépassait pas 2%. Depuis, les transactions se sont multipliées et attirent aujourd’hui l’attention à cause des superficies sur lesquelles elles portent. Le marché du foncier rural africain a essentiellement attiré de très gros investisseurs étrangers. L’Afrique sub-saharienne pourrait bientôt compter des dizaines de millions de paysans sans terre.

Des voix s’élèvent pour appeler à la prise de conscience de l’inconciliabilité entre agriculture et système libéral de croissance. Elles se perdent souvent dans le désert.

Toutes ces questions sont évoquées dans notre émission Géopolitique, le débat, dimanche 23 mai, à 18h10 TU.

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