Niger: l'état d'urgence prolongé dans la région de Diffa

La ville frontalière de Diffa, au Niger, se trouve à 7 kilomètres du Nigeria.
© AFP PHOTO / PIUS UTOMI EKPEI

Au Niger, les députés ont voté à l’unanimité la reconduction de l’état d’urgence pour trois mois dans la région de Diffa pour mieux lutter contre Boko Haram. Les insurgés menacent toujours la frontière sud du pays, notamment au niveau des îles du lac Tchad. Cette mesure permet notamment de restreindre la circulation de véhicules motorisés la nuit. Elle confère aussi à l’armée des pouvoirs de police.

Dans le sud du Niger, les forces de défense et de sécurité se réjouissent de la reconduction de l’état d’urgence. « Cela rend notre action contre Boko Haram plus efficace, notamment pour démanteler les cellules dormantes », a indiqué à RFI un responsable militaire dans la zone. L’armée peut en effet interpeller des suspects et mener des perquisitions sans mandat. « C’est utile, car suite aux dénonciations de citoyens, nous menons encore des perquisitions tous les jours », précise notre source.

L’armée en revanche ne mène pas les interrogatoires. Après un premier filtrage à la gendarmerie de Diffa, les suspects sont transférés à la brigade de lutte antiterroriste de Niamey, qui compte 563 détenus interpellés au cours des quatre derniers mois dans le territoire de Diffa.

Des chefs de villages du lac Tchad gardés à vue

Parmi eux, huit chefs de village des îles sur le lac Tchad, dans la région de Diffa, sont détenus depuis le 13 mai avec tous les autres suspects pro-Boko Haram. On les accuse d'avoir refusé de collaborer avec les forces de défense du Niger dans la lutte contre le groupe terroriste. Une accusation qu'ils trouvent profondément injuste, selon leur avocat Maître Oumarou Mahaman Radiou. « A plusieurs reprises, ils ont participé à des patrouilles qui sont menées par les forces de sécurité qui opèrent dans la zone et on est souvent venu les réveiller en pleine nuit, affirme-t-il. Selon l’échange que j’ai eu avec eux, toutes les fois où ils constatent des choses qui leur paraissaient bizarres, ils en avisaient les autorités. »

C’est une situation inconfortable pour un chef de village dans cette région pris en tenaille entre le devoir de collaborer et la crainte de payer très cher cette coopération. « Ils se trouvent pris en tenaille entre la crainte d’être eux-mêmes vilipendés ou tués par la secte Boko Haram, comme ce fut le cas au Cameroun, rappelle Maître Radiou. Aujourd’hui qu’on leur reproche leur refus de collaborer, ils se retrouvent dans une situation de désarroi et d’étonnement total. »

Selon leur avocat le délai de garde à vue de dix jours a expiré depuis plusieurs jours et ces chefs de village sont désormais selon lui en détention illégale à Niamey. Maître Radiou s'en est plaint hier dans un courrier au procureur général près la cour d'appel.

Dans le cadre de l'état d'urgence, la circulation des véhicules motorisés est interdite passée 20h. La mesure s’applique aux deux roues 24 heures sur 24. La restriction pose des difficultés d’ordre économique comme l’ont soulevé des députés d’opposition. « C’est le prix à payer pour notre sécurité », ont rétorqué les députés des bancs de la majorité présidentielle.

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