Au Burundi, l'Eglise catholique se retire du processus électoral

Opération de vote au Burundi.
© Photo:Esdras Ndikumana/AFP

Quelle crédibilité pour les scrutins à venir au Burundi ? Alors que les manifestations contre le président Pierre Nkurunziza se succèdent jour après jour, la question se pose encore plus après l'annonce de l'Eglise catholique qui se retire du processus électoral. Avant cela, la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse avaient annoncé la suspension de leur aide à la préparation des prochaines élections.

La très influente Eglise catholique du Burundi avait prévenu depuis longtemps : elle n’allait pas accepter de cautionner des élections pleines de lacunes, justifie aujourd’hui le président de la Conférence des évêques, monseigneur Gervais Banshimiyubusa. Et des lacunes, il en avait relevées plusieurs. A commencer par la question du troisième mandat pour le président Pierre Nkurunziza.

L’Eglise y avait dit non très clairement en estimant que c’était une violation de l’accord de paix d’Arusha et de la Constitution. Elle avait cité aussi les pressions sur la population, un fichier électoral douteux et un espace politique et médiatique de plus en plus fermé, sans oublier les violences policières notamment qui accompagnent depuis plus d’un mois les manifestations des anti-troisième mandat.

Une Céni réduite

Aujourd’hui, les huit évêques catholiques de l’Eglise catholique du Burundi ont estimé que c’en était trop. Ils ont préféré claquer la porte de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) et de ses branches provinciales et communales.

Après cette annonce, sur un plan technique, la Céni s’est voulue rassurante. Selon son porte-parole, Prosper Ntahorwamiye, il n’y a que 11 prêtres sur les 163 membres des Commissions électorales provinciales et 33 sur les 645 que comptent les Commissions communales. Ils sont tous présidents, vice-présidents de ces Commissions.

Techniquement donc, dit-il, ces Commissions continueront de fonctionner, car le quorum exigé par les statuts est toujours atteint. Mais ce porte-parole ne le nie pas, il y a un message sociopolitique derrière cette décision qui renvoie bien sûr au gouvernement burundais. De son côté, l’opposition burundaise a beau jeu de rappeler aujourd’hui que la Céni et ses branches locales qui sont désormais composées de membres issus du parti au pouvoir et de ses satellites, interdisent toute crédibilité.

Un soutien de moins pour Nkurunziza

C’est un coup dur supplémentaire pour le président Nkurunziza. Un analyste burundais rappelle que le président Nkurunziza et le processus électoral en cours aujourd’hui souffraient déjà d’un déficit de légitimité. Et de citer la candidature contestée du président justement pour la troisième fois consécutive, des accusations de fraude massive lors de la confection des listes électorales, des manifestations qui durent depuis plus d’un mois, le gel des aides électorales par les principaux donateurs, la réprobation de la communauté internationale et la liste n’est pas exhaustive.

En prenant donc la décision de se retirer de ce processus électoral, l’Eglise catholique vient d’enfoncer le clou, estime cet analyste. Mais le pouvoir Nkurunziza persiste et signe. La Céni continue « dans la logique d’organiser des élections législatives et communales au 5 juin ». Et le gouvernement burundais, notamment le président Nkurunziza lui-même, continue d’assurer contre vents et marées qu’il va organiser les meilleures élections de toute l’histoire démocratique du Burundi.

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