Nigeria: les priorités sécuritaires de Muhammadu Buhari

Muhammadu Buhari lors de sa prestation de serment, le 29 mai 2015 à Abuja.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

Un nouveau chapitre de l’histoire vient de s’ouvrir au Nigeria. Le président Muhammadu Buhari a prêté serment à Abuja, la capitale du pays, vendredi 29 mai dans la matinée, pour la première alternance politique du pouvoir depuis la fin des régimes militaires et le retour à la vie civile en 1999. Muhammadu Buhari a d’abord rendu un hommage appuyé à son prédécesseur Goodluck Jonathan, qui avait concédé sa défaite.

Muhammadu Buhari a rendu un hommage appuyé à Goodluck Jonathan. « Le monde attendait le pire du Nigeria, mais nous l’avons surpris », a déclaré le nouveau président nigérian en référence aux débordements meurtriers qui étaient en effet redoutés durant et après le scrutin du mois dernier. « Cette journée est un triomphe pour le Nigeria », a ajouté l’ancien général Buhari, qui a donc remercié Jonathan pour avoir créé un précédent et empli de fierté les Nigérians en acceptant sa défaite avec grâce.

Sans attendre, Muhammadu Buhari a identifié ses priorités et dévoilé quelques annonces. En tête de liste, la lutte contre Boko Haram. « Les gens de Boko Haram sont des fous sans dieu. Ils sont éloignés de l’islam à un niveau que l’on ne peut même pas imaginer », a lancé Buhari, un musulman du nord du pays. Concrètement, Buhari propose de délocaliser le centre de commandement à Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno. « La victoire ne peut pas être atteinte depuis un centre de commandement à Abuja », a déclaré le nouveau président lors d’un discours assez volontariste au cours duquel il a également remercié les voisins du Nigeria : le Niger, le Cameroun et le Tchad, pour leur implication dans la lutte contre Boko Haram.

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Lutter contre les abus de l'armée

Buhari a également promis de lutter contre les abus perpétrés par l’armée, avec la mise en place de mécanismes légaux pour punir les auteurs d’abus et la révision en profondeur des règles d’engagement pour éviter les violations des droits de l’homme lors d’opérations. On reproche à l’armée nigériane des exécutions arbitraires, des arrestations arbitraires, et de faire de nombreuses pertes civiles lors d’interventions. Depuis des années, la communauté internationale réclame l’ouverture d’enquête.

Mais jusqu’ici, Abuja a toujours fait la sourde oreille, ce qui a privé le Nigeria d’une réelle coopération sécuritaire de la part de plusieurs partenaires. Les Etats-Unis par exemple refusent de communiquer au Nigeria des données de renseignement brutes, de peur que ces renseignements ne soient exploités pour commettre des abus. De même, la loi américaine, avec l’amendement Leahy, proscrit les actions de formation à des contingents soupçonnés d’abus.

Buhari, originaire du Nord, a également tendu la main au sud du pays, pacifié grâce à son prédécesseur Goodluck Jonathan. Celui-ci a été l’un des principaux acteurs de l’amnistie avec le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (MEND), qui plusieurs années durant, a pris en otage des Occidentaux et saboté des pipelines dans cette région pétrolifère du sud. Ces accords arrivent à échéance en décembre, mais Buhari a promis de reconduire les programmes de développement dans le delta du Niger.

Mais au Nigeria, les défis sont légion. Buhari l’a reconnu. Le pays le plus peuplé d’Afrique et première économie du continent souffre de la chute du cours du brut – le pétrole alimente le budget de l’Etat nigérian à hauteur de 70 %. « La situation énergétique est responsable de la médiocrité de nos performances économiques », a dit Buhari, déplorant les coupures de courant à répétition et les interminables pénuries de carburant. « Nous nous y attaquerons de front », a promis le président qui n’a pas esquissé de solution. Pas de formule magique, mais des études sont en cours, a-t-il annoncé, pour apporter de la lumière aux Nigérians.

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