Crise au Burundi: les enjeux du sommet d'urgence en Tanzanie

IManifestant anti-troisième mandat du président Nkurunziza, à Bujumbura, le 26 mai 2015.
© REUTERS/Goran Tomasevic

En Tanzanie, un nouveau sommet des chefs d’Etats d’Afrique de l’Est doit se tenir ce dimanche 31 mai, un sommet d’urgence pour parler de la crise au Burundi, après une première réunion qui s’est tenue le 13 mai dernier. Mais dès samedi après-midi, les ministres des Affaires étrangères des  cinq pays membres de la région se sont réunis à huis clos pour préparer un certain nombre de recommandations.

Pendant plus de cinq heures hier soir, samedi 30 mai, les portes de la salle de réunion sont restées résolument fermées. Les couloirs quasi déserts. Seuls les envoyés spéciaux américains, anglais, belges et de l’Union européenne attendaient patiemment de pouvoir s’entretenir avec l’un ou l’autre.

Car pour bon nombre d’observateurs, ce nouveau sommet des chefs d’Etats d’Afrique de l’Est est décisif. Il est l'occasion d’utiliser l’autorité des pays voisins pour ramener le calme dans la capitale burundaise.

Présents dans cette salle de réunion, dont rien ne filtrait : les ministres du Rwanda, de l’Ouganda, du Kenya, de Tanzanie et du Burundi bien sûr. Tous réunis pour préparer le sommet de dimanche.

Trois rapports ont été examinés. Celui d’anciens responsables politiques de la région, un autre sur les réfugiés et enfin un dernier sur la situation politique au Burundi après qu’une délégation des Etats d’Afrique de l’Est se soit rendue sur place.

Mais au final, le véritable suspense, c’est de voir quelles recommandations les ministres des Affaires étrangères vont préparer pour leurs présidents attendus ce dimanche. En début de soirée, la délégation burundaise a quitté la salle pour laisser les quatre autres ministres des Etats d'Afrique de l'Est délibérer. 

Au cœur du sommet, la question du 3ème mandat

Plusieurs options sont sur la table, pour l’essentiel, différentes propositions de calendriers pour le report des élections communales, législatives et présidentielles. Mais pas une ligne par contre sur une demande explicite à Pierre Nkurunziza de ne pas briguer de troisième mandat. Les chefs d'Etat de la sous-région ont toute latitude d'aller plus loin que leurs ministres des Affaires étrangères.

Parmi les Etats présents, c’est l’Afrique du Sud qui a eu les prises de position les plus fortes ces dernières semaines avec une condamnation claire de la volonté de Pierre Nkurunziza de briguer un 3e mandat. Les envoyés spéciaux de la communauté internationale sont sur la même ligne : Communauté des Grands Lacs, Union européenne, Etats-Unis, Belgique, Grande-Bretagne, tous pensent de Pierre Nkurunziza doit renoncer à la possibilité qui lui a été offerte de se représenter. Mais il n’est pas certain que tous les pays de la région adoptent la même position tranchée : la Tanzanie et le Kenya par exemple sont de ceux qui poussent à un compromis qui ne mette pas en difficulté le président burundais alors que le Rwanda et l’Ouganda sont plus clairs sur la volonté de voir Pierre Nkurunziza quitter le pouvoir pour des raisons sécuritaires sans vouloir cependant se prononcer formellement sur ce 3e mandat.

Nkurunziza n'ira pas à Dar es Salaam

« Le président burundais sera représenté au sommet par le ministre des Relations extérieures », confirme ce dimanche matin son porte-parole. A la question de savoir si cette décision a été prise pour des raisons de sécurité, Gervais Abayeho a répondu à RFI : « non, il est en train de faire campagne, il a décidé de déléguer son ministre ». En l’absence de Pierre Nkurunziza, quel pourra être l’impact des recommandations de la région quelles qu’elles soient ?

De plus en plus d'observateurs, d'organisations internationales et de partenaires du Burundi estiment qu'il faut peut-être un report des élections un peu plus long que ce qui a été prévu

Smaïl Chergui
30-05-2015 - Par Sonia Rolley

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