Burundi: l'EAC demande le report des élections

La chaise du président Nkurunziza est restée vide ce dimanche 31 mai à Dar es Salaam, comme le 13 mai lors d'un précédent sommet dans la capitale tanzanienne.
© AFP / DANIEL HAYDUK

Les pays d'Afrique de l'Est, réunis en sommet à Dar es Salaam en Tanzanie hier, dimanche 31 mai, demandent un report de six semaines des élections au Burundi. Dans la soirée, le gouvernement burundais s'est dit favorable à un tel report et a jugé clos le débat sur le troisième mandat de Pierre Nkurunziza.

« Profondément inquiet de l'impasse actuelle au Burundi, le sommet appelle à un long report des élections, pas moins d'un mois et demi », indique la déclaration finale adoptée par les chefs d'Etat de la Communauté est-africaine (EAC), au terme d'une réunion de plus de trois heures à huis clos. La période allouée par le report sera mise à profit - du moins l'espèrent les participants de ce sommet - pour consulter tous les acteurs de la société burindaise afin de trouver une solution à la crise.

Les chefs d’Etat ont aussi demandé au Parlement et aux institutions du Burundi de faciliter ce report des élections. Et appelé également toutes les parties à stopper les violences et à faire preuve de retenue, souhaitant le désarmement de tous les groupes armés liés à des partis politiques.

C'est une recommandation a minima qui a été trouvée dimanche 31 mai à Dar es Salaam, ne portant que sur un report du scrutin, puisque les chefs d'Etat de la Communauté est-africaine ne se sont pas prononcés sur la troisième candidature à un mandat présidentiel de Pierre Nkurunziza, absent du sommet, officiellement pour « faire campagne » au Burundi. L'absence du président rwandais Kagame a aussi été très remarquée alors que les relations entre Kigali et Bujumbura sont très tendues.

Nkurunziza est-il prêt à appliquer le report ?

Cette décision de l'EAC est en deçà de ce qu'avaient proposé les ministres des Affaires étrangères qui avaient appelé à un report plus long de plusieurs mois.

Du côté de la communauté internationale, la déception était palpable parmi les envoyés spéciaux à Dar es Salaam. Le sommet a raté une occasion historique de se positionner comme la fédération politique qu’il aspire à devenir, estimait l’un d’entre eux. Beaucoup attendaient un positionnement plus fort, qui condamne ce troisième mandat. « C’est une non décision », commentait un diplomate. Un participant aux négociations à huis clos évoquait des discussions particulièrement difficiles. Impossible de pousser vers un appel à renoncer au 3e mandat expliquait ce diplomate tant que le Burundi est sur une position aussi fermée. Pour cet observateur l’urgence c’était de maintenir un dialogue extrêmement fragile en l’absence du chef de l’Etat et de se donner des chances que cette recommandation soit appliquée.

Pour d'autres observateurs, cette recommandation était la seule possible pour ne pas braquer encore plus les autorités burundaises. Ils espèrent, avec cette décision, gagner un peu de marge de manoeuvre pour rouvrir un dialogue et obtenir un minimum de garanties pour que le pouvoir laisse les partis politiques et les médias travailler librement, en vue des élections.

Du côté de la société civile et de l'opposition burundaise qui s'opposent à ce troisième mandat, on est évidemment beaucoup moins satisfait, même si on salue la demande de report des élections. Pas satisfait parce que la question du troisième mandat a été éludée et que pour les détracteurs de Pierre Nkurunziza, c'est la cause de la crise actuelle. Un peu de défiance également par rapport à cet éventuel report. Pour Agathon Rwasa, l'un des principaux candidats à la présidentielle, il n'aura d'intérêt que si la classe politique peut être sécurisée et cela passe pour lui par le déploiement d'une force internationale.