Burundi: au sommet de Dar es Salaam, deux absents de taille

Les présidents Paul Kagame (premier plan) et Pierre Nkurunziza (derrière) ne participent pas au sommet de Dar es Salaam consacré à la crise au Burundi, ce dimanche 31 mai 2015.
© AFP PHOTO/JOSE CENDON

La capitale tanzanienne accueille ce dimanche un sommet des chefs d'Etat de la Communauté est-africaine consacré à la crise au Burundi. Pierre Nkurunziza n'y participe pas. Son homologue rwandais Paul Kagame non plus. Deux options pourraient être étudiées pour sortir de la crise burundaise. L'une donne un rôle au président sortant du pays, l'autre tend à l'exclure du processus.

Pierre Nkurunziza n'est pas à Dar es Salaam ce dimanche. Son porte-parole l'a confirmé tôt ce matin. Pierre Nkurunziza sera représenté à ce sommet sous-régional par le ministre des Relations extérieures Alain Aimé Nyamitwe. Le porte-parole de la présidence précise que si le chef de l'Etat ne va pas en Tanzanie, c'est principalement parce qu'il est en campagne pour les élections à venir.

Sans Pierre Nkurunziza

« Le pays et les partis politiques, les candidats présidentiables, sont en train de battre campagne, explique Gervais Abayeho, porte-parole de la présidence. Et comme vous vous en souvenez, lors du sommet qui a été interrompu à la suite de l’annonce d’un coup d’Etat - manqué, heureusement - le 13 mai dernier, le président de la République a, je dirais, perdu trois ou quatre jours de sa campagne. Et il a estimé que lui aussi, il doit rattraper son temps. »

Le 13 mai dernier, une tentative ratée de coup d'Etat avait en effet eu lieu à Bujumbura pendant un précédent sommet de Dar es Salaam, déjà consacré à la crise burundaise. Le président Nkurunziza y avait participé, apprenant depuis la Tanzanie qu'un putsch visant à le chasser du pouvoir avait été lancé par son ancien chef d'état-major, le général Godefroid Niyombaré.

Quand bien même, son absence du jour et la raison invoquée pour cette absence sont détonnantes, car si les chefs d'Etat de la sous-région ont convoqué le sommet du jour à Dar es Salaam, c'est pour trouver une issue à la crise née précisément de la volonté de Pierre Nkurunziza de se présenter pour un troisième mandat présidentiel le 26 juin prochain au Burundi.

Et sans Paul Kagame

Mais l'absence du chef de l'Etat burundais n'est pas la seule donnée importante : le président rwandais a lui-même renoncé à se rendre au sommet de Dar es Salaam. Or, ces dernières semaines, Paul Kagame a été l’un des plus farouches critiques de Pierre Nkurunziza. Aucune explication officielle à son absence n’a été donnée, mais beaucoup y voient un signal négatif : le sommet risque de perdre ainsi de la crédibilité.

Pour rappel, les plus hauts dirigeants du Kenya, de l'Angola, de l'Afrique du Sud, de l'Ouganda et de la Tanzanie sont annoncés à ce sommet consacré à la crise en cours au Burundi. Mais « sans ces deux-là, commente un diplomate burundais déçu, ce n’est plus un sommet ». Comment garantir en effet l’impact des recommandations qui sortiront du sommet, quelles qu’elles soient, si le principal intéressé lui-même a choisi de ne pas se rendre à Dar es Salam ?

► à (ré)écouter l'invité de la mi-journée sur RFI: Thierry Vircoulon de l'ICG

Deux options

Que faut-il attendre du rendez-vous ? Ce dimanche matin, après de longues heures de conciliabule, les ministres des Affaires étrangères de Tanzanie, du Kenya, d’Ouganda et du Rwanda ont achevé de se mettre d’accord sur deux propositions de recommandations à adresser à leur président pour discussion lors du sommet.

La première propose un report des élections dans un délai assez court, d'ici le 26 août, mais des élections sans Pierre Nkurunziza. Le président sortant serait appelé à abandonner la possibilité de se représenter. La deuxième option propose un report des élections de plusieurs mois, avec toute une série de conditions strictes à respecter, par exemple en matière de liberté des médias et d’accès des différents partis au scrutin. En revanche, aucune allusion au troisième mandat de Pierre Nkurunziza dans cette seconde option.

Constat d'échec ?

Les ministres des Affaires étrangères ont donc échoué à se mettre d’accord sur une seule et unique recommandation. Ils laissent aux présidents qui sont présents ce dimanche le soin de trancher. Mais cela veut également dire aussi que tout reste ouvert sur la position que vont prendre les Etats de la sous-région.