Les femmes, le Burundi et le terrorisme au menu du sommet de l'UA

Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l'UA, a évoqué l'importance de l'intégration des femmes dans la dynamique du continent.
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Le sommet de l'Union africaine s'est ouvert jeudi 11 juin à Johannesburg, en Afrique du Sud. Le thème officiel de ce 25e sommet est l'autonomisation des femmes. Vendredi, ce sont les ministres des Affaires étrangères qui se réunissent, avant les chefs d'Etat ce week-end. Au menu, l'intégration des femmes, mais également la crise au Burundi, les différents conflits qui pèsent sur le continent et les questions liées au terrorisme.

C'est un discours résolument positif qu'a prononcé la présidente de la Commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Elle a salué la création d'un marché commun entre l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe, ratifié en Egypte cette semaine. « Il s'agit d'un premier pas vers la création d'une zone de libre-échange continentale », a-t-elle ajouté.

Sur la migration, « nous devons mettre fin au périlleux voyage qu'entreprennent chaque année des milliers d'Africains vers l'Europe », a-t-elle dit. « Et développer les opportunités sur le continent pour notre jeunesse », appelant ainsi au libre mouvement des biens et des personnes sur le continent.

Elle a également appelé à plus d'intégration des femmes, thème de ce sommet. « Si nous continuons à intégrer des femmes au rythme actuel, cela va nous prendre 80 ans afin d'atteindre la parité. Nous devons faire plus afin que notre continent se développe au maximum de ses capacités. Et ce continent ne pourra atteindre ce stade si nous n'intégrons pas les femmes. »

Le reste de la journée de ce jeudi a été consacrée à une réunion à huis clos des ministres des Affaires étrangères. Apparemment, il a surtout été question du financement de l’UA. Actuellement, 60 % du budget sont financés par des donneurs extérieurs. La question de l’indépendance de cette institution se pose donc.

La situation au Burundi observée de près

Pas un mot de la présidente sur les différentes crises du continent, notamment sur la situation au Burundi. L’une des particularités des sommets de l’Union africaine, c'est en effet que les conflits qui secouent le continent sont le domaine quasi-réservé des chefs d’Etat. Ces derniers les évoqueront en petit comité lors du Conseil de paix et de sécurité (CPS) samedi soir, voire en Assemblée générale des présidents dimanche. République démocratique du Congo, Burundi, Centrafrique ; l’objectif, c’est de se sonder.

Concernant le Burundi spécifiquement, outre la réunion du Conseil de paix et de sécurité, le sujet sera également abordé dimanche matin par les chefs d'Etat lors d'une réunion à huis clos sur la gouvernance. Après le sommet de la Communauté est-africaine, dont la principale recommandation est restée lettre morte ; après le report des élections également, qu’est-ce que l’organisation panafricaine pourrait proposer de plus ? Peut-elle prendre le relais de l’onusien Saïd Djinnit pour relancer le dialogue ?

« Nous évoluons lentement vers une guerre civile »

« Nous attendons qu'ils prennent une position claire et nette sur ce qui est en train de se passer au Burundi », explique l’opposant Jean Minani, président du Frodebu Nyakuri et député panafricain, qui a fait le déplacement à Johannesburg. Le Burundi étant membre du Conseil, certains craignent en effet que cela empêche les chefs d’Etat de prendre une position forte. Mais en principe, lorsqu'il est question d'une situation qui concerne un pays membre du CPS, le représentant dudit pays doit sortir de la réunion, explique une source au sein de l’UA.

Le problème qui pourrait en revanche se poser pour cette crise et pour d'autres, c’est en revanche l’absence de certains chefs d’Etat clés. « Nous évoluons lentement vers une guerre civile sans que personne ne s'en rende compte », déplore M. Minani, qui énumère les facteurs de risque pour sensibiliser ses interlocuteurs : « Une armée divisée ; des généraux qui démissionnent, sont chassés ou partent par peur d'être arrêtés, et qui prennent avec eux beaucoup de militaires ; une opposition qui n'arrive pas à s'entendre avec le pouvoir ; un président de la République qui n'entend rien du tout, qui n'écoute même pas les recommandations des chefs d'Etat de la sous-région. »

Inquiétudes sur la montée du terrorisme

Parmi les autres crises qui secouent le continent et qui seront au menu : la situation au Soudan du Sud, en Libye, au Nigeria et les questions de terrorisme. Les réunions spécifiques de ce vendredi feront la part belle à la Libye par exemple. Une réunion du groupe de contact cherchera à faire le point sur les avancées et les blocages dans les négociations entre les acteurs de ce pays.

Pour Francisco Madeira, représentant spécial de l'Union africaine sur le terrorisme, la montée des groupes terroristes sur le continent est très préoccupante. « Nous sommes inquiets de la présence de plusieurs groupes terroristes dans le continent, en Afrique de l’Est, avec al-Shebab qui ne se limite pas à la Somalie mais qui crée des cellules vers le Kenya et vers les autres pays de l’Afrique de l’Est, jusqu’au Congo, où al-Shebab a tissé des liens avec la ADF-Nalu. Ça nous préoccupe aussi, ce qu'il se passe en Afrique du Nord, en Libye, ce qu'il s’est passé en Tunisie, avec l’attaque de l’Etat islamique du musée Bardo. Des Africains qui voyagent vers la Syrie et l’Irak et remplissent les rangs de l’Etat islamique », souligne Francisco Madeira.

Concernant Boko Haram, il se dit plus confiant. « Il y a le grand problème du Nigeria, Boko Haram qui vient aussi de prêter allégeance à l’Etat islamique. Mais au Nigeria, nous sommes satisfaits du fait que la coalition des pays de la CEEAC a quand même obtenu de très bons résultats et ça doit continuer, avec la coordination de leurs actions, l’appui matériel qu’ils doivent avoir de leurs partenaires, afin qu’ils puissent continuer et maintenir Boko Haram sous contrôle. »

La xénophobie, invitée de dernière minute

La xénophobie et les migrations sont parmi les premiers sujets qui seront discutés dimanche à huis clos par les chefs d’Etat. Il y a à peine deux mois, il y a eu une vague d’attaques xénophobes en Afrique du Sud, qui a beaucoup choqué le continent. Au moins six personnes sont décédées lors de ces violences. Le mois dernier déjà, lors d’un sommet de la SADC au Zimbabwe, le président de l'UA Robert Mugabe a pris à partie le chef d’Etat sud-africain Jacob Zuma, et nul doute que ce dernier va devoir s’expliquer.

Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur la présence de plusieurs chefs d’Etat à Johannesbourg. Sauf surprise, le président burundais Pierre Nkurunziza ne sera pas présent. La dernière fois qu’il a quitté le Burundi, pour participer justement à un sommet sur la crise dans son pays en Tanzanie, il a été victime d’une tentative de coup d’Etat. Autre absent probable : le Soudanais Omar el-Béchir qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la CPI pour crime de guerre au Darfour. S’il devait venir en Afrique du Sud, Pretoria serait dans l’obligation de l’arrêter. On parle également de l’absence du Tchadien Idriss Déby, du Camerounais Paul Biya, du Gabonais Ali Bongo ou encore de Joseph Kabila de la RDC. D'importantes absences, si elles se confirment.


Un sommet de l'UA, c'est aussi l'occasion de réunions bilatérales. Manuel Domingos Augusto, secrétaire d'Etat angolais en charge des Relations extérieures en a profité pour s'entretenir avec Nannette Ahmed, directrice africaine du Département des opérations de maintien de la paix du secrétariat de l'ONU, le DPKO. A l'issue de cette rencontre, l'Angolais a déclaré que son pays était prêt à rejoindre des missions de maintien de la paix en Centrafrique ou ailleurs. Une déclaration plutôt surprenante, tant Luanda avait montré des réticences ces dernières années.

L'Angola est prête à donner sa contribution aux forces de maintien de la paix, en Centrafrique ou dans un autre pays.
Manuel Domingos Augusto, secrétaire d'Etat angolais en charge des Relations extérieures
12-06-2015 - Par Sonia Rolley