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Burundi

Burundi: le Parlement valide la refonte de la Céni

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, à Bujumbura, le 17 mai 2015.
© AFP PHOTO / CARL DE SOUZA

Après la démission de deux des cinq membres de la Céni, il y a environ deux semaines, la Commission électorale nationale indépendante du Burundi semblait paralysée, car la Constitution prévoit que les décisions se prennent au moins aux 4/5e des voix. C’était sans compter avec la présidence, qui a publié un décret présidentiel il y a deux jours, daté du 30 mai, et qui fixe ce quota aux 3/5e des voix. La présidence a aussi décidé de remplacer les deux membres de la Céni qui ont pris la fuite. Leur remplacement a été approuvé ce vendredi soir par les deux chambres du Parlement au terme d'une journée marathon.

Ce sont deux illustres inconnues qui ont été proposées par le président Pierre Nkurunziza. Annonciate Niyonkuru, une femme de 38 ans jusqu’ici présidente d’un tribunal de Ngozi, la province natale du chef de l’Etat, devient vice-présidente de la Céni. Il y a aussi Alice Nijimbere, 38 ans également, une enseignante de la province voisine de Kayanza, dans le nord du Burundi.

L’accouchement n’a pas été facile. Convoqués pour une plénière qui devait commencer à 9h00, les députés ont dû attendre plus de sept heures avant de rentrer dans l’hémicycle pour l’approbation des deux candidates.

Entretemps, il y a eu des tractations, des débauchages de quelques voix dans l’opposition. La cloche qui appelle les députés a sonné à 16h30, une fois que le parti au pouvoir, le Cndd-FDD, assuré de réunir les ¾ des voix de l’Assemblée nationale, prévues par la Constitution dans ce cas.

Les présidents des groupes parlementaires des partis d’opposition Uprona et Frodebu Nyakuri ont lu une déclaration où ils ont exprimé leur « profond désaccord » avec « un forcing du Cndd-FDD », puis ils sont sortis sous les rires moqueurs de quelques députés.

Les choses sont alors allées très vite : les deux personnalités ont été approuvées en moins d’une heure par 81 voix pour juste les ¾ plus une voix sous les applaudissements des députés présents dans la salle.

Questions sur certaines zones d’ombre

Après un moment de flottement pendant lequel aucune autorité n’a voulu s’exprimer pour lever toute équivoque sur l’apparition, mercredi 10 juin, du décret daté officiellement du 30 mai, c’est le président de la Céni qui a été envoyé au front le lendemain. Ce décret a été bien signé le 30 mai, à la veille du départ des deux commissaires de la Céni, a assuré Pierre-Claver Ndayicariye, en louant la clairvoyance du gouvernement burundais.

« Cela signifie qu’au niveau du gouvernement, les autorités politiques avaient des signes qui montraient que, éventuellement, il y avait des départs qui s’annonçaient et, qui plus est, pour bloquer le fonctionnement de la Céni », a déclaré le président de la l'institution.

La présidence burundaise affirme, de son côté, que ce fameux décret - qui ramène au quorum des 4/5e au 3/5e à la Céni - était passé inaperçu parce qu’il n’intéressait pas le grand public à ce moment.

L’ennui c’est que même le président de la Céni semble ne pas avoir été mis au courant de cette décision qui aurait pourtant bien arrangé ses affaires. Voici ce qu’il répondait, à RFI, le lundi 8 mai, à la question de la légitimité des décisions prises, à trois, à la Céni, après avoir proposé un nouveau calendrier électoral.

« Je n’ai pas de réponse à votre question. Cette question est politique, il faut la poser aux autorités politiques », avait-il déclaré avant de confirmer que, malgré tout, la Céni continuait à fonctionner « parce qu’en matière électorale, il faut distinguer les décisions qu’on prend et les opérations techniques ordinaires. Aujourd’hui, c’est une communication très ordinaire. »

Pierre-Claver Ndayicariye a également affirmé que depuis le départ des deux dames, Spes-Caritas Ndironkeye, la vice-présidente et Iluminata Ndaba-Haga Miyé, commissaire, la Céni n’avait pris aucune décision. « Aucune, aucune. Je répète bien : aucune. »

Mais fort heureusement pour le pouvoir burundais, l’opposition n’est plus en mesure, aujourd'hui, d’entretenir une telle polémique, depuis la destruction des médias privés.
 

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