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Mali: la CMA devrait signer les accords d’Alger ce samedi

L'inscription «Azawad» écrite sur un arbre de Gao, ville du nord du Mali.
© AFP PHOTO/ SIA KAMBOU

Ce samedi doit avoir lieu à Bamako la signature de l'accord de paix sur le Mali par la CMA, la Coordination des mouvements de l'Azawad, qui rassemble plusieurs groupes armés du Nord.

Ce conflit a commencé en janvier 2012. La signature de l'accord de paix par la CMA devrait donc être l'aboutissement d'un long processus de négociations. Le 15 mai dernier, un accord de paix avait finalement été signé par le gouvernement, les groupes pro-Bamako et la médiation internationale.

La CMA, elle, n'avait fait que parapher l'accord la veille. Plusieurs cadres de la Coordination et une partie des populations du nord estiment en effet que le texte ne donne pas assez d'autonomie à l'Azawad, nom qu'ils donnent aux régions du Nord.

Finalement, après une énième négociation le 5 juin dernier en Algérie et l'adoption d'un document additionnel, un « arrangement sécuritaire pour une cessation des hostilités », la CMA s'est finalement engagée à signer, comme l’explique un responsable de la communication de la Coordination :

« Il a clairement été dit dans le document que l'armée reconstituée sera majoritairement et prioritairement constituée des membres de la CMA. Ceci est un acquis qui n'existait pas dans l'accord signé par le gouvernement malien et ses milices. Le deuxième point concerne la reconnaissance du statut politique de l'Azawad. Il y a une tentative de réponse qui a été apportée à cette question-là et une garantie de plus a été donnée que des discussions vont continuer sur ce point précis, pour qu'il puisse y avoir une solution consensuelle. »

Un troisième point du document concernait la ville de Ménaka, un des points de crispation qui, jusqu'à jeudi soir, semblait pourvoir hypothéquer la signature de l'accord. Ce même responsable de la CMA conclut : « L'accord est loin de répondre aux attentes des populations de l'Azawad, mais il y a des points positifs sur lesquels on peut tenter de construire un avenir meilleur, nous jouons donc le jeu de lui donner une chance ».

Vers une difficile mise en œuvre de l’accord

Il faut souligner aussi que la CMA a subi de très fortes pressions de la médiation internationale. En signant, les cadres espèrent avoir son soutien pour l'application du texte dont de nombreux points doivent encore faire l'objet de discussions après la signature. Une chose, d'ailleurs, sur laquelle toutes les parties s'entendent est que le véritable défi est la mise en oeuvre de l'accord, qui prendra du temps.

Mais le ministre de la Réconciliation, Zahabi ould Sidi Mohamed se veut optimiste : « Je veux dire aux populations la volonté ferme du gouvernement de faire de l'accord une priorité. Cet engagement politique est déjà un grand pas dans la mise en oeuvre, car la volonté est là. Pour ce qui est des actions à mener d'urgence, je crois que les populations pourront, dans les six mois, commencer à voir les retombées de la paix. C'est d'abord la sécurité, un début de retour des réfugiés et permettre aussi l'installation des services de base, car tout manque aujourd'hui dans le Nord, il n'y a rien ».

La priorité est effectivement la sécurisation du nord du pays. Un projet de calendrier prévoit, dès la signature, le redéploiement progressif de l'armée malienne ainsi que la mise en place d'une commission de sécurité qui devra élaborer un programme de désarmement et d'intégration des combattants de la CMA dans l'armée. Le défi est de taille. D'autant que depuis deux mois, le cessez-le-feu a été bafoué à de nombreuses reprises par toutes les parties, selon les Nations unies.

Le problème de Ménaka

Toutefois, un des obstacles qui faisaient planer un doute sur la signature de l'accord vient d'être levé. Le 27 avril, en violation du cessez-le-feu, le Gatia, une milice de la plateforme pro-Bamako, s'était emparée de Ménaka, une ville du nord-est, auparavant contrôlée par la CMA. Le document du 5 juin prévoyait le retrait de la milice sous 72 heures. Mais la plateforme avait refusé de signer. Ce n'est finalement que jeudi soir que la médiation a pu convaincre la milice de quitter Ménaka.

Pierre Buyoya, représentant de l'Union africaine pour le Mali, reconnaît que la communauté internationale aura un rôle important pour faire respecter l'accord de paix, mais souligne l'importance de l'engagement de toutes les parties maliennes : « Ce qui est nouveau par rapport à des accords antérieurs, c'est un comité de suivi composé des membres de la communauté internationale qui a participé à la médiation. Il va jouer un rôle actif. »

« En cas de mauvaise volonté ou de sabotage de la mise en oeuvre de l'accord, détaille-t-il, le Conseil de paix et sécurité de l'Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies seront saisis et prendront les mesures appropriées. La communauté internationale a un rôle important pour aider, soutenir, faire pression, mais ne disons pas que la communauté internationale pourra faire la paix au Mali sans la volonté des Maliens. »

La signature peut-elle encore être compromise par d'éventuels nouveaux affrontements sur le terrain ? Si l'accord est signé, les dissensions internes à la CMA risquent-elles de la faire imploser ? Comment réagiront les populations ? Autant de questions qui restent en suspens.

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