Niger: attaques meurtrières de Boko Haram dans des villages isolés

Les deux villages attaqués par Boko Haram sont situés dans la région de Diffa, non loin de la frontière avec le Nigeria.
© AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Malgré les défaites subies aux abords du Lac Tchad, Boko Haram refait surface en changeant de tactique de combat. Ses éléments attaquent dans des zones non-sécurisées par les militaires. Boko Haram vient de frapper fort dans deux villages nigériens, dans la nuit de mercredi à jeudi. 38 villageois ont été tués.

En attaquant les deux villages de Lamana et Ngoumao, les terroristes de Boko Haram ont bien choisi leurs cibles. Deux proies faciles, sans défenses et très loin des positions militaires de Damasak et de Malam Fatori. Ce qui leur a permis de commettre leur forfait et de se retirer sans aucune pression, ne laissant derrière eux que tristesse et désolation.

Au total, 38 personnes, dont 14 femmes, et 14 enfants ont péri dans l’attaque menée mercredi soir, d’après un bilan lu à la radio nationale par le ministre de l’Intérieur. Les combattants insurgés ont mis le feu aux habitations et abattu les fuyards, selon plusieurs témoins joints par RFI.

Des populations terrifiées

En ce début du mois de ramadan, ces deux attaques ont créé la psychose auprès des populations riveraines de la rivière Komadougou Yobé. Le gouverneur de la région et sa délégation sont venus les soutenir. Les villageois ont demandé qu’ils soient sécurisés davantage, ou à défaut, qu’ils soient transférés sur un site plus rassurant. Les deux villages attaqués se situent à mi-chemin entre Bosso, qui comprend un détachement militaire et la ville garnison de Diffa, deux villages sur la rive nord de la Komadougou Yobé la rivière qui fait office de frontière entre le Niger et le Nigeria.

Selon plusieurs sources, les éléments de Boko Haram qui ont attaqué ces villages sont des jeunes natifs de la région et qui maîtrisent parfaitement le terrain en attaquant dans des zones non-sécurisés. Selon plusieurs observateurs, tant que l’armée du Nigeria voisin n’aura pas sécurisés ses frontières, il faut toujours craindre d’autres attaques meurtrières.

Les forces militaires régionales de 8 000 hommes qui devaient nettoyer le Lac Tchad sont vivement attendues. Ce vendredi, la commune rurale de Gueskérou pleure ses morts.C’est l’attaque la plus spectaculaire menée par les insurgés depuis celle menée sur le Lac Tchad le 25 mai. Le raid de Boko Haram sur Karamga avait fait 74 morts, dont 46 soldats nigériens.

Il faut « changer de stratégie », selon le député Issa Lamine

Le député d'opposition de Diffa ne décolère pas après cette double attaque de Boko Haram. Selon Issa Lamine, la méthode du gouvernement pour vaincre les islamistes ne fonctionne pas. Selon lui il faut repeupler les îles du Lac Tchad, et mettre toutes les couches de la société à contribution.

« Depuis l’évacuation des îles du Lac Tchad, ces populations des villages reculées sont potentiellement des cibles. Parce que dans la zone, il n’y a que les éléments de Boko Haram qui circulent librement. Je pense qu’il va falloir changer de stratégie de combat. Le positionnement de Boko Haram dans les îles du Lac Tchad, le fait qu’ils soient expulsés du nord du Nigeria expose particulièrement le Niger. Il faut redéployer des soldats et il faut qu’il y ait une plus grande collaboration. Il faudrait qu’ils impliquent les populations, les élus, les députés. Ce n’est pas un programme purement militaire. On ne peut pas les vaincre par la force. Il faudrait que la population puisse, avec des moyens de communication, prévenir à temps et collaborer avec les militaires. Les militaires ne peuvent pas se déplacer à tout moment. Il n’y a aucune mesure de défense autour des villages à 4h du matin. Ils se mettent à tuer, à brûler. Ils vont détruire tous les villages, ils vont encore tuer des milliers de gens, si ça continue comme ça. »

Cette nouvelle attaque pointe de nouveau la vulnérabilité des civils nigériens tout au long de la frontière, et ce malgré le dispositif militaire Ingar et les déploiements d’effectifs supplémentaires décidés il y a plus d’un an. Ce raid manifestement embarrasse les autorités à Niamey, mais aussi au niveau du gouvernorat. Elles sont injoignables depuis 24 heures.

À la Une de la revue de presse africaine ce vendredi, « la revanche de Déby »

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