Accord de paix au Mali: scènes de fraternisation entre anciens ennemis

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta tombe dans les bras de Mahamadou Djeri Maïga, vice-président du MNLA, après la signature de l'accord à Bamako le 20 juin 2015.
© AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE

Cette fois, c'est acté. En plein ramadan, les groupes rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) ont à leur tour signé samedi 20 juin 2015 l'accord de paix inter-malien, un mois après le gouvernement de Bamako et les groupes armés loyalistes. Cette signature met fin à plus de trois années et demie de conflit et près d'un an de négociations. Une cérémonie forte en images, qui a été suivie d'une rupture du jeûne entre anciens belligérants au palais présidentiel de Koulouba.

Il y a d'abord eu la cérémonie, où la gravité du moment historique se mêlait avec le relâchement d'une réunion de famille. Dans la salle, tout le monde se connaissait. On plaisantait, on criait « Vive le Mali et vive l'Azawad ! » Lorsque l'hymne national malien a retenti, tout le monde était debout, même les anciens rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad, au nom desquels Mahamadou Djeri Maïga a pris la parole.

« La paix, a dit le vice-président du Mouvement national de libération de l'Azawad à la tribune, cette denrée précieuse que le monde entier recherche, est aujourd'hui indispensable au Mali en général, et à l'espace de l'Azawad en particulier. Nous fondons aussi beaucoup d'espoir sur le sens de réalisme de tous les Maliens, pour qu'ils comprennent que nous n'avons jamais pris les armes par préoccupation capricieuse. »

Et l'ex-rebelle de tomber dans les bras du président Ibrahim Boubacar Keïta, avant que celui ne prenne à son tour la parole, pour évoquer « un jour merveilleux » et lancer une promesse : « Nous ferons en sorte que nul ne soit déçu, que main dans la main, nous fassions le Mali plus beau, plus fraternel, plus convivial que jamais. Désormais, nous regardons dans la même direction ! Cet accord est le résultat d'une volonté commune, des fils d'un même pays d'aboutir à une solution juste et équitable dans un contexte difficile. »

« Très, très heureux »

Après la signature de l'accord, les membres de la délégation de la CMA ont été conviés, avec d'autres participants, au palais présidentiel de Koulouba, pour la rupture du jeûne. Discussions politiques et religieuses se sont ainsi poursuivies pendant la soirée entre les quelques centaines d'invités réunis autour de plusieurs tables et d'un copieux repas.

L'occasion de demander son ressenti au chef de l'Etat, attablé avec plusieurs hauts cadres de la désormais « ex-rébellion ». M. Keïta s'est dit « très, très heureux » : « Encore une fois, bravo à tous nos amis. Vous avez vu l’hommage que j'ai tenu à rendre à mon ami Hollande ? Il est le premier auquel je me suis confié. »

Lors de la signature de l'accord par le gouvernement, il y a un mois, le président malien avait tenu des propos virulents contre les Nations unies. Mais cette fois, IBK remercie avec force la communauté internationale, et demande même aux Maliens de ne « jamais oublier » son implication.

Main dans la main

Parmi les camarades de table du président : Alghabass Ag Intalla, l'un de ces rebelles et adversaires d'hier. Un peu plus loin, un autre ténor de la rébellion, Almou Ag Mohamed, mêlait réflexion politique et religieuse : « Une chose, c'est de signer. L'autre, c'est d'appliquer de très bonne foi cet accord. Nous, ça nous va droit au cœur de voir que le président de la République, tout de suite après cet accord, a tenu à nous associer à sa rupture du jeûne. »

Invité également à cette cérémonie, l'archevêque de Bamako, Mgr Jean Zerbo, a fait part de son enthousiasme pour l'avenir du Mali : « Nos efforts de prière et de jeûne peuvent nous conduire à la véritable paix dans ce pays. C'est ce que je vois vraiment dans cette symbolique. » Avant de voir si son vœu sera exaucé, c'est en tout cas main dans la main que les anciens belligérants ont quitté le palais présidentiel dans la soirée de ce samedi 20 juin.