Maroc: elles portaient des robes, elles risquent la prison

Medina de Tanger, Maroc.
© Crédit : Julian Love/Getty Images

Deux jeunes femmes, deux coiffeuses, vont comparaître devant la justice le 6 juillet prochain au Maroc. On leur reproche leur tenue : elles étaient en robe au marché près de la ville touristique d’Agadir. L’affaire survient en plein mois de ramadan. Elle suscite énormément de réactions et ce, après une série de controverses liées à des affaires de mœurs au Maroc le mois dernier.

Au Maroc, le code pénal, prévoit des peines allant d’un mois à deux ans de prison ferme pour «outrage à la pudeur». Mais la défense assure que l’article de loi invoqué ne prévoit pas le port d’une simple jupe comme motif d’inculpation. La principale association féministe marocaine assure même qu’il va à l’encontre de la Constitution, adoptée en 2011, consacrant l’égalité de droit entre homme et femmes. La mobilisation pour la défense des deux jeunes femmes de 23 et 29 ans a été vive : une pétition en ligne intitulée Mettre une robe n'est pas un crime, a recueilli près de 10 000 signatures en l’espace de 4 jours.

Le Maroc tiraillé entre conservatisme et évolution des moeurs

Ces dernières semaines, le débat public a été vif sur les questions de mœurs après la sortie d’un film, Much Loved, estimé sulfureux sur la prostitution mais aussi après un concert jugé trop dénudé de Jennifer Lopez. A cela s’est ajoutée l’action dénudée de deux militantes Femen en faveur des homosexuels devant l’un des principaux monuments de Rabat début juin. Enfin la semaine dernière dans cette même région du Souss, une campagne d'affichage, anti-bikini demandant aux touristes de « respecter » le ramadan a aussi provoqué un vif débat entraînant la colère du gouvernement et le retrait des pancartes, dans cette région qui tire un tiers de ses ressources du tourisme européen.

Le Maroc au rythme du ramadan

La loi marocaine a toujours été très rigide avec les affaires de mœurs, et punit toujours de prison ferme les relations sexuelles hors mariage, l’homosexualité, ou encore la pratique de l’avortement. Si ces débats de société existent, ils sont rarement aussi médiatisés, vigoureux, et les réactions ont été cette fois épidermiques et même violentes. Ils ont aussi été largement alimentés par les partis conservateurs en période pré-électorale. Il est rare cependant que des procès soient ouverts pour des questions vestimentaires, et il semble que la justice veuille se mettre en ligne avec une certaine opinion exaspérée par l’accumulation de ces affaires considérées comme insultantes. Mais le pays vit en ce moment au rythme du mois sacré de ramadan, où les valeurs religieuses ressurgissent. Mais cela n’empêche pas les défenseurs des droits de l’homme mais aussi les professionnels du tourisme de s’inquiéter d’un contexte que l’on dit « marqué par des discours de moralisation » attisant le conservatisme.

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