Burundi: retour sur une journée d'élections boudée par l'opposition

Dans certains quartiers, les militaires et les policiers chargés de la protection des bureaux de vote sont presque les seuls à avoir voté.
© REUTERS/Jean Pierre Harerimana

Au Burundi, les élections législatives et communales se sont déroulées dans le calme lundi 29 juin. Pas d’incident majeur à signaler. Les autorités avaient déployé la police et l’armée pour sécuriser le processus électoral dans les zones qui contestent toujours le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. L’opposition assure que son appel à boycotter ces scrutins a fonctionné. Le parti au pouvoir parle lui d’une participation massive. La Céni évoque en projection entre 75 et 80 % de participation. La communauté internationale a fortement décrié les conditions dans lesquelles se sont déroulés ces scrutins. Reportages dans plusieurs bureaux de vote pendant cette journée d'élections.

A la mi-journée, à l’école primaire de Karemba, dans la province de Gitega, les urnes étaient bien garnies, et pourtant le président du bureau de vote n°3 semblait dépité. « Depuis le matin, vous voyez, que c’est très peu. Le nombre d'inscrits, c’est 335. Combien de votants ? 227. Ce n’est pas beaucoup par rapport à 2010. »

Même déception chez le président d’un bureau de vote voisin. Pour lui, c’est l’appel au boycott des partis d’opposition qui a joué sur le niveau de participation. « Justement, les membres de ces partis ne sont pas venus voter », assure-t-il.

A Gitega centre, à une heure de la fermeture des bureaux de vote, la satisfaction primait. « La participation a été massive parce que nous avions beaucoup de gens, rapporte le responsable du centre. Dans les autres centres je ne sais pas, mais ici, dans notre centre : 50 %. »

Le parti au pouvoir et l’opposition s’accusent mutuellement d’avoir cherché à intimider les électeurs, les uns pour les empêcher de voter, les autres pour les y forcer.

Irrégularités

Quatre heures après son ouverture, le bureau de vote de Nyagasasa, en province de Bururi, accueillait son premier électeur. « Je suis entré pour vérifier les documents nécessaires afin de voter », disait-il à RFI.

Carte d’identité, carte d’électeur, le responsable de la commission électorale pour ce bureau tenait à démontrer qu’il suivait la procédure à la lettre. « Il m’a dit qu’il n’est pas inscrit ici. Mais pas de problème, il va voter malgré que je ne le vois pas sur la liste. » Le principal problème dans ce bureau, c’est qu’il n’y a que trois membres au lieu des cinq règlementaires. Son président assurait qu’ils seraient très vite remplacés.

Faible affluence également dans les premières heures dans le centre de vote de Jenda, en province de Bujumbura rurale, et pourtant la Commission électorale avait donné des directives supplémentaires, comme la distribution de cartes d’électeurs pour permettre au plus grand nombre de voter.

Violences

La violence est devenue telle dans certains quartiers comme Musaga, un fief de l'opposition en pointe dans les manifestations contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, que la Céni a été obligée de délocaliser dans un premier temps les centres de vote lors des communales et des législatives tant contestées, puis le centre de dépouillement par crainte d'une attaque.

C’est juste après la fermeture des bureaux de vote de Musaga, à 17 h, que les responsables ont décidé de délocaliser les opérations de dépouillement. « On est en train d’embarquer tout le matériel pour aller faire le décompte ailleurs. C’est dans un endroit où il y a la sécurité. »

Tout le monde s’est donc retrouvé dans le lycée municipal de Rohero près du centre-ville de Bujumbura, où l’on a commencé à faire le dépouillement dans des conditions plutôt surprenantes, comme l’expliquait cet agent électoral. « On n’a pas eu de mandataires politiques, on n’a pas eu des observateurs. »

Boycott

Ce lundi, les habitants de ce quartier acquis à l’opposition ont répondu massivement à l’appel au boycott des législatives et des communales. Heureusement, expliquait cet autre agent, les soldats avaient l’autorisation de voter là où ils étaient de faction. « Si on n’avait pas eu ainsi des militaires, le nombre de votants serait vraiment catastrophique ! Ça aurait été au nombre de 3 sur 356 inscrits ! »

Dans ces conditions, compter les voix des uns et des autres a pris moins de trente minutes, puis on est passé à la proclamation des résultats, très favorables au parti au pouvoir, ce qui risque de donner la victoire au parti présidentiel dans ce fief de l’opposition.

Bujumbura coupée en deux

Le vote a été très morcelé dans la capitale burundaise, une ville coupée en deux entre les quartiers contestataires, qui continuent de rejeter le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza, deux mois après le début des manifestations contre ce mandat, et les quartiers qui lui sont plus ou moins favorables, où l’on n’a pas manifesté.

Kamengué, un quartier populaire du nord de Bujumbura considéré comme un fief du parti au pouvoir, est resté calme durant toute la contestation du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Les électeurs sont arrivés dès l'ouverture des bureaux de vote. « De 6 h à 8h20, nous avons enregistré 450 électeurs, rapporte le responsable d’un des bureaux de vote de ce quartier. A l’heure où nous sommes, ça fait déjà 52 qui ont déjà fait l’élection. »

Baisse d'affluence

Salima, une femme évangéliste d’une cinquantaine d’années, reconnaissait la baisse d’affluence par rapport aux  élections de 2010. « On voit clairement que l’affluence a baissé, contrairement aux années antérieures, dit-elle. Espérons qu’ils viendront par la suite car cette nuit, nous avons entendu beaucoup de crépitements d’armes. Les gens ont eu peur, sans doute. »

Son vœu semble avoir été exaucé, car aux environs de midi, ils en étaient à 50 % de taux de participation. Ce n’est pas le cas de Musaga, un quartier acquis à l’opposition dans le sud de la capitale et en pointe dans la contestation du troisième mandat. Ce sont les soldats burundais qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales de ce quartier, qui ont pratiquement été les seuls à voter.

Le directeur d'un des centres de vote qui ont été délocalisés dans un camp de l’armée burundaise pour des raisons de sécurité, relatait à 15h30 : « Pour le moment, sur 345 inscrits, nous avons reçu 17 personnes. » Et plus personne ne s’est présenté à ce bureau jusqu’à la fermeture de l’opération de vote.

→ À relire : Elections législatives et communales à risque au Burundi

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