Tunisie: après l’attentat, le temps des mesures et des questions

Un policier patrouille sur les lieux de l'attentat à Sousse, le 29 juin 2015.
© REUTERS/Zohra Bensemra

Vendredi 26 juin, un jeune étudiant, armé d’une kalachnikov, tire froidement sur plusieurs dizaines de touristes qui farnientaient sur la plage privée d’un hôtel de la ville balnéaire de Sousse, en Tunisie. L’attaque est dure : on dénombre à ce jour 38 morts et 37 blessés. Une bonne partie des victimes sont des ressortissants britanniques. Mais il y a aussi des Belges et des Allemands. Cet attentat est le plus meurtrier qu’a connu le pays.

De notre envoyée spéciale en Tunisie,

Trois mois après l’attaque du musée du Bardo, la Tunisie a donc de nouveau été secouée par une attaque terroriste. Les deux attaques ont été revendiquées par le groupe jihadiste Etat islamique.

Une série de mesures annoncées

Après l’attentat, le ministère de l’Intérieur a annoncé l’ouverture d’une enquête. Dans le même temps, une série de mesures, un peu similaires à celles présentées il y a trois mois, à la suite de l’attentat contre le musée du Bardo, ont été rendues publiques.  Elles ont notamment pour but de renforcer les effectifs des forces de sécurité, de fermer 80 mosquées dites « hors contrôle » et de sécuriser les zones touristiques.

Le gouvernement affiche également une volonté d’être plus vigilant à l’égard des mouvements religieux. Lundi 29 juin, Mohamed Ghasali, le ministre de l’Intérieur, a souligné que désormais, seules les mosquées dirigées par des imams « agréés » par l’Etat seront acceptées. Le ministre veut aussi renforcer le contrôle du financement des partis religieux et des associations islamiques.

Des mesures déjà visibles

Parmi toutes ces mesures, certaines prennent effet dès cette semaine. Ainsi, un millier d’agents de la police touristique devraient être déployés ce mercredi 1er juillet sur les plages et les hôtels pour sécuriser les sites touristiques.

La fermeture des mosquées irrégulières entre également en vigueur cette semaine. Pour le ministère des Affaires religieuses, c’est une manière de mieux contrôler le contenu des prêches prononcés par les imams et d’éviter tout message de violence.

Peu de réactions politiques

Pour le moment, il n’y a pas eu de déclaration officielle à la suite de l’attentat de Sousse. Pas de réaction non plus liée aux mesures annoncées par le gouvernement.

Les proches de l’ancien président Moncef Marzouki se montrent néanmoins sceptiques. « Cette loi a pour but de limiter la religiosité des gens », dénonce Adnar Mansur. Cet ancien ministre estime que la lutte contre le terrorisme doit se concentrer sur des réponses économiques et sociales. « Les terroristes ne se trouvent plus dans les mosquées, explique ce professeur d’histoire. Mais les jeunes qui font le jihad, ce sont des diplômés au chômage, qui ont perdu tout espoir. »

Peu d’informations sur l’enquête

Jusque là, peu d’informations circulent sur l’enquête annoncée par le gouvernement. Le bilan humain n’est pas précis - il n’y a toujours pas de confirmation sur la nationalité des victimes -, on ne sait pas non plus combien de personnes ont été arrêtées. Le gouvernement parle de manière vague d’un « nombre important » de présumés complices arrêtés.

Il y a une série d’interrogations et peu de communication autour de cet attentat. Du coup, Londres a envoyé des enquêteurs de Scotland Yard sur place, pour mener leur propre enquête sur cette attaque.

Les ministres français, britannique et allemand de l’Intérieur se sont également rendus en Tunisie pour échanger avec leur homologue tunisien. Lundi, ils ont affirmé leur soutien au pays dans la lutte contre le terrorisme. Mais aucune mesure concrète n’a été annoncée lors de leur visite.

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