Opérations anti-jihadistes à la frontière entre le Mali et la Côte d’Ivoire

L'armée malienne, déjà mobilisée dans le nord du pays (ici à Goundam, près de Tombouctou), est désormais déployée face aux jihadistes dans le sud du pays.
© AFP/PHILIPPE DESMAZES

Les forces de sécurité maliennes mènent des opérations de ratissage à la frontière avec la Côte d’Ivoire, près de l'endroit où des jihadistes présumés ont lancé une attaque le week-end dernier. Trois jihadistes avaient été tués au cours de ces opérations, selon une source militaire malienne. Côté ivoirien, des renforts sont en place et les autorités appellent à la vigilance.

Les forces de sécurité maliennes sont sur les dents. L’expression est d’un ministre malien : le Mali mobilise ses troupes pour « casser les deux reins » des extrémistes qui tentent de s’installer dans le sud du pays.

Le dispositif sécuritaire a été renforcé à proximité de la frontière du Mali avec la Côte d’Ivoire. Des militaires maliens et ivoiriens, sont en opération de part et d'autre de la délimitation. Les services maliens donnent peu de détails, se retranchant derrière le secret-défense, mais on sait que des troupes maliennes mènent actuellement des opérations de ratissage dans la forêt de Sama, qui jouxte la Côte d’Ivoire. Les jihadistes qui ont récemment attaqué la localité malienne de Fakola tentent de faire de cet endroit une base.

« Nous ratissons sur le territoire malien et nos frères ivoiriens sont de l'autre côté, en Côte d'Ivoire », explique une source militaire malienne. Trois de ces jihadistes ont été tués, selon cette source. Du matériel de propagande, notamment des drapeaux, ainsi que des motos ont été saisis.

Les Maliens ratissent le territoire de leur côté de la frontière, mais la coopération sécuritaire est désormais renforcée également avec la Côte d’Ivoire. Le groupe islamiste armé Ansar Dine, allié d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a revendiqué l’attaque contre Fakola et celle lancée contre le camp militaire de Nara, a en effet également menacé de s’attaquer à la Côte d’Ivoire.

Renforts militaires et vigilance accrue

Des menaces qui font craindre le pire, dans le nord de la Côte d’Ivoire. « Nous prenons ces menaces au sérieux et nous essayons de sensibiliser la population », explique Mgr Antoine Koné, évêque d'Odienné. « Pour le moment, nous ne voyons pas de panique, mais les uns et les autres en parlent entre eux », rapporte-t-il au micro de RFI. Il assure qu’il va lui-même s’engager à la constitution d’une « plate-forme » réunissant « les dignitaires, les chefs, et aussi les imams » de la région. L’objectif étant de « réfléchir sur la conduite à tenir et comment organiser nos populations ». Pour Mgr Antoine Koné, face aux tentatives d’infiltrations, l’implication des militaires ne suffit pas. « Nous aussi nous devons ouvrir les yeux pour ne pas nous laisser surprendre parce qu’ils peuvent se glisser dans la population. Mais ici nous sommes déjà sur le qui-vive. »

« Toutes les mesures sont prises pour faire face au péril », affirment les autorités ivoiriennes. Pour Bruno Koné, porte-parole du gouvernement ivoirien, il s’agit avant tout de « rassurer les Ivoiriens sur le fait que des mesures sont prises de façon récurrente, permanente depuis plusieurs mois ». De plus, « des renforcements ont été faits des deux côtés de la frontière depuis que cette menace a été jugée plus proche, plus imminente, pour éviter que ce qui a commencé n’aille trop loin », souligne Bruno Koné, qui en appelle à la vigilance des populations et des acteurs de l’Etat et demande « le maximum de communication avec les acteurs en charge de la sécurité, pour permettre qu’une réponse appropriée soit apportée à cette menace ».