Mali: mort d'un jihadiste lié aux possibles assassins de nos confrères

Un soldat français de l'opération Barkhane, au Mali, le 5 novembre 2014.
© REUTERS/Joe Penney

Avec l’élimination de Mohamed Ali ag Wadoussène, les Français continuent leur traque méthodique contre la branche malienne d'Aqmi. Ce jihadiste est lié à l'enlèvement et à la libération de Serge Lazarevic. Il était un rouage majeur d'une katiba [brigade] touarègue conduite par son oncle, Sedane ag Hita, dont le nom revient comme une piste sérieuse dans l'affaire de l'assassinat de nos deux confrères de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, assassinés le 2 novembre 2013 à Kidal.

L'état-major des armées françaises a confirmé l'information mardi 7 juillet 2015. Mohamed Ali ag Wadoussène a été tué lors d’une opération des forces spéciales au nord du Mali. Les Français ont fait deux prisonniers, tous deux proches de Wadoussène. Ils doivent être remis aux autorités maliennes. Deux militaires français ont par ailleurs été blessés pendant l’opération.

Mohamed Ali ag Wadoussène était l'une des pièces d'un puzzle jihadiste qui, au fil des ans, a accru son influence dans le nord du Mali. Géographiquement, la nébuleuse s'est établie au nord de Kidal, dans un triangle qui s'étend d'Abeibara à la frontière algérienne. Une chasse gardée sous influence d'Iyad ag Ghali, chef suprême d'Ansar Dine, aujourd’hui directement associé à Aqmi.

En éliminant Abdelkrim al-Targui à la mi-mai, les Français ont cassé la tête de la mécanique jihadiste. Désormais, Barkhane, l’opération française de lutte contre le jihadisme au Sahel, s'attaque aux responsables logistiques. L'armée française estime que cette nouvelle opération déstabilise la chaîne de commandement d'une katiba d'Aqmi. Car Wadoussène est présenté comme l'un des rouages de cette katiba.

Le patron, c'est l'oncle Sedane ag Hita

Mohamed Ali ag Wadoussène était entré dans le jihadisme par la petite porte des voleurs de véhicules. Il agit alors avec une bande de copains : Baye ag Bakabo, Alassane ag Toukassa, etc., qui vont trouver dans le jihad une nouvelle famille. Dans le clan, le patron, c'est l'oncle, Sedane ag Hita, un Touareg très influent dans la nébuleuse jihadiste de Kidal.

C'est lui qui ordonne à ses deux neveux, Wadoussène et Haiba, d'enlever deux Français en novembre 2011, à savoir Serge Lazarevic et Philippe Verdon. Wadoussène et Haiba seront arrêtés une première fois après ce kidnapping. Et c'est ce même oncle qui aurait également tenté en octobre 2013 d'obtenir leur remise en liberté en échange de la libération des quatre derniers otages d'Arlit. Selon plusieurs sources, furieux que la négociation ait échoué, il aurait alors cherché de nouvelles proies occidentales pour relancer la demande de libération de ses neveux.

Nous sommes début novembre 2013. Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont alors en reportage pour RFI à Kidal. Le 2 novembre, au moins trois hommes les enlèvent en plein Kidal. Ils seront assassinés quelques minutes plus tard à 17 km de là. Parmi les suspects principaux : Baye ag Bakabo, Alassane ag Toukassa, les amis de Wadoussène, les hommes de main de Sedane ag Hita... Wadoussène, lui, est alors en prison à Bamako.

La libération et la traque

Selon un témoignage majeur, Ali ag Wadoussène confie à ses codétenus qu'il compte sur son oncle pour obtenir sa libération. Cette dernière viendra un an plus tard, en décembre 2014, en échange du Français Lazarevic. Les forces françaises remettent alors Wadoussène à l’unité combattante d’Aqmi. Mais, bien que libre, il est en fait quasiment tout le temps sous surveillance.

Quelques temps après, il échappe à une opération des forces spéciales françaises. Il prend alors la direction de la frontière algérienne dans la localité de Tinzaouaten. Entre autre activité, il forme les jihadistes au maniement des armes mais entretemps, il descend dans la localité d’Aguelhok où là encore, il aurait échappé de justesse aux forces françaises.

Mais l’homme passe de nombreux coups de téléphones qui permettent de le localiser. Des proches qui l’appellent dans le quartier Etembar, situé dans le nord de la ville de Kidal sont également surveillés. Il serait même arrivé une ou deux fois la ville de Kidal. Mais ce spécialiste du rapt d’Européens se sent traqué, surtout après la mort de son mentor Abdelkrim. Il remonte alors dans le massif de l'Adrar des Ifoghas où il a été finalement abattu.

Réactions à Bamako

Il y a huit mois, la libération de Wadoussène avait fait polémique au Mali. La nouvelle avait été très mal accueillie, parce qu'il avait du sang sur les mains, du sang malien, mais aussi parce que Wadoussène représenterait un danger une fois remis en liberté. Et enfin parce que l'exigence malienne de justice ne devait pas valoir moins que la vie d'un otage français. Le fait que les soldats français l'aient finalement retrouvé est donc perçu comme une excellente nouvelle.

« Echanger un jihadiste contre un Français, ça ne m'a pas plu à ce moment, vraiment. Donc, s'il a été tué, ça c'est une satisfaction pour moi et pour beaucoup de Maliens », confie un Bamakois croisé mardi. Un autre confirme : « Ces personnes-là représentent un danger pour notre société. Il a été tué par la France ; personnellement, je m'en réjouis ! » « Quand il était en fuite, il pouvait vraiment créer d'autres problèmes », pointe un troisième passant qui ne le regrettera pas.

Mais d'autres Maliens rappellent cependant que la mort d'Ali Ag Wadoussène n'est pas une manière de rendre justice. « J'aurais préféré qu'on l'arrête et que la justice fasse son travail. C'est contre l'Etat de droit », juge un quatrième Bamakois interrogé mardi.

Ali ag Wadoussène est en Une de la revue de presse africaine ce mercredi

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