Afrique du Sud: après l’affaire el-Béchir, la riposte de la justice

Le président du Soudan, Omar el-Béchir, aux côtés de son homologue congolais, Denis Sassou-Nguesso, salué par le chef de l’Etat du Zimbabwe, Robert Mugabe, lors du 25e Sommet de l’UA en Afrique du Sud, Johannesburg, le 14 juin 2015.
© REUTERS/Siphiwe Sibeko

Le président Jacob Zuma va rencontrer les principaux juges du pays, après la débâcle Omar el-Béchir. Le mois dernier, le président soudanais a quitté l'Afrique du Sud, où il était en visite, malgré une interdiction de la Haute cour de Pretoria. Un juge a même recommandé que le gouvernement soit poursuivi pour violation d'une décision de justice. L'incident a suscité beaucoup de réactions et notamment de nombreuses attaques envers la justice.

Au total, 27 juges - parmi les plus haut placés dans la profession -, ont demandé à rencontrer le chef de l'Etat. Ils s'inquiètent de leur indépendance. Après les nombreuses attaques dont ils ont été la cible depuis l'affaire Omar el-Béchir. L'ANC, le parti au pouvoir, et ses alliés se sont lancés dans une campagne de dénigrement, accusant les juges d'outrepasser leurs droits, d'être biaisés et même de vouloir saper le gouvernement.

Dans un pays où la justice était jusqu'à présent relativement indépendante, le président de la Cour suprême, Mogoeng Mogoeng s'inquiète de cette ingérence. « Il a été suggéré que dans certaines affaires, les juges ont été influencés dans leurs décisions, affirme-t-il. Nous rejetons ces insinuations. L'Etat de droit est le fondement même de notre démocratie, cela veut dire que quiconque, peu importe son statut, doit respecter la Constitution et la loi. De même que l'Etat de droit implique qu'une décision de justice doit être observée. »

Le message ne peut être plus clair. Le gouvernement aurait dû respecter la décision de justice dans l'affaire Omar el-Béchir. Jacob Zuma, en visite en Russie, a réaffirmé son engagement envers une justice indépendante et a promis qu'il rencontrerait les juges dès son retour. Mais le bras de fer entre l'exécutif et le judiciaire est désormais engagé.