RDC: l’extradition du chef rebelle des ADF en Ouganda passe mal à Beni

Funérailles d'une victime des ADF, tuée lors d'une attaque dans un village à proximité de Beni, dans le Nord-Kivu, le 21 octobre 2014.
© REUTERS/Kenny Katombe

A Beni, dans le Nord-Kivu (RDC), on a appris l'extradition, vendredi 10 juillet, de Jamil Mukulu, vers l'Ouganda. Ce chef rebelle ougandais des ADF-Nalu avait été arrêté, en avril, en Tanzanie. Il sera jugé à Kampala pour meurtres et terrorisme, principalement pour les raids meurtriers menés dans l'Est congolais qui ont fait des centaines de victimes. La société civile du Nord-Kivu aurait souhaité que le procès ait lieu en RDC. De leur côté, les autorités ougandaises se félicitent de cette extradition.

Les rebelles des Forces démocratiques ougandaises (ADF), opposés au président ougandais, Yoweri Museveni, sont basés depuis 1995 dans l’est de la RDC où ils mènent des attaques contre des civils. Ils sont accusés d’avoir tué plus de 400 personnes dans la région de Beni, dans la province du Nord-Kivu, depuis octobre dernier. La société civile de cette province aurait, par conséquent, souhaité que le procès ait lieu en RDC, au plus près des familles et des témoins.

« C’est un sentiment de déception parce que nous pensions qu’il serait extradé en RDC où il a commis plus de crimes peut-être qu’en Ouganda, explique à RFI Gilbert Kambalé, président de la société civile de la ville de Beni. Nous craignons que ça puisse être une parodie de justice ou peut-être une mascarade. Le gouvernement congolais devrait pouvoir envoyer des témoins ou des victimes là-bas, comme on le fait à la CPI, pour voir le déroulement de ce procès , [savoir] s’il se passera dans de bonnes conditions et quelles sanctions seront réservées à Jamil Mukulu. Et voir aussi comment les victimes pourraient être indemnisées. [Enfin] si les familles peuvent avoir des avocats qui pourraient participer à ce procès, ce serait une bonne chose. »

Satisfaction des autorités ougandaises

De leur côté, les autorités ougandaises se félicitent de l'extradition de Jamil Mukulu, transféré à Kampala trois mois après son arrestation en Tanzanie. Il doit y être jugé pour terrorisme et pour meurtres, des forfaits commis depuis les années 1990. Le chef de la police ougandaise estime que cette arrestation porte un vrai coup dur aux insurgés.

Le général Kalé Kayihura y voit un symbole très fort : « Jamil Mukulu était la source d’inspiration et le leader des ADF. Evidemment, son arrestation porte un coup aux ADF en tant qu’organisation terroriste, même si ce groupe était déjà affaibli. Ils procédaient par des meurtres et par des assassinats ciblés et ils n’avaient plus la capacité de mener des campagnes de terreur à grande échelle parce qu’on les avait vaincus au cours des années 1990. Néanmoins, ils étaient encore là, dans la jungle congolaise, et le leadership de Mukulu était plus fort que jamais. Il avait des réseaux tout autour du monde par lesquels il recevait du soutien. Dans notre contexte, cette arrestation est très importante ; c’est notre Oussama Ben Laden. »