Attentats à Ndjamena: les Tchadiens refusent de céder à la panique

Un policier tchadien aux abords du marché central de Ndjamena frappé par un attentat le 11 juillet 2015.
© REUTERS/Moumine Ngarmbassa

La vie a repris dans la capitale tchadienne après l’attentat qui a causé la mort de seize personnes samedi au marché central. C'est la troisième attaque en moins d'un mois à Ndjamena après la double explosion du 15 juin et le suicide collectif de terroristes lors de leur interpellation le 29 juin dernier. Mais la population essaye de ne pas céder à la panique.

Ce dimanche, après la rupture du jeûne, juste après 20 heures, Karambé, Moussa et Djiddi s’apprêtent à passer une nuit de prière comme le recommande l’islam en cette période de ramadan. Mais les esprits restent marqués par les attaques que la capitale tchadienne a connues depuis la mi-juin. « Avant on en entendait parler seulement à la radio ou à la télé, mais la même chose est arrivée ici. Avec ce qui s’est passé samedi ou le double attentat du 15 juin en passant par celui du 29 juin, c’est difficile. Malgré tout, nous, notre esprit est serein, » assure l'un d'eux.

D’autres s’en remettent à Dieu avec l’espoir que les efforts des services de sécurité permettront d’éloigner le danger. « Avec tout ce qui advient, nous comptons toujours sur notre Bon Dieu pour qu’il nous protège et pour qu’on nous évite tous ces actes de ces malfaiteurs qui se transforment en Boko Haram », indique-t-il.

Pour les trois jeunes, il faut que tous les Tchadiens se donnent la main pour combattre le terrorisme. Et quand on leur demande par exemple s’ils ne redoutent pas, par ces temps, l’affluence des mosquées, l’un d’eux répond : « Moi, personnellement, j’irai à la mosquée, je vais prier tranquillement comme tout musulman. Je n’ai pas peur. »

Après une réunion de sécurité, le gouvernement a rappelé l'interdiction du port du voile intégral pour question de sécurité. Les autorités ont affiché leur fermeté et déclaré que tous les contrevenants seraient arrêtés et jugés. Dimanche 12 juillet, le Premier ministre a réaffirmé dans une communication la fermeté du gouvernement et indiqué qu'une loi antiterroriste sera soumise au Parlement cette semaine.

Je réitère ici qu’il est interdit de cacher le visage, de se camoufler le visage. Cela concerne la burqa et tout autre vêtement qui cache le visage. D’ici une semaine si l’Assemblée nationale le veut bien, la loi portant répression des actes terroristes sera adoptée. Elle sera appliquée dans toute sa rigueur. D’ici là, une femme, un homme pris avec burqa sera conduit immédiatement au commissariat ou devant le juge pour une comparution immédiate. Tous clandoman [mototaximan], tous chauffeurs de bus ou de taxis doit refuser, au risque d’en assumer la responsabilité, d’embarquer ou de transporter une personne déguisée. Mieux, tout suspect doit être signalé à la sécurité. A partir de ce jour, tout porteur de la burqa et toute personne qui couvre entièrement son visage est considéré comme suspect et sera traité comme tel.
Kalzeubé Payimi Deubet, Premier ministre tchadien
13-07-2015 - Par RFI

La fermeté des autorités tchadiennes inquiète certains défenseurs des droits de l'Homme. Valentin Baldal Oyamta, secrétaire général de la Ligue tchadienne des droits de l'Homme redoute des débordements.

Nous voyons déjà que certains pendant les fouilles ne sont pas très tendres avec les gens, donc on sent une certaine nervosité. On comprend également que les forces de l’ordre ont été visées, mais ce n’est pas une raison pour pouvoir remettre en cause les principes de protection et de défense des droits de l’homme.
Valentin Baldal Oyamta, secrétaire général de la Ligue tchadienne des droits de l'homme
13-07-2015