Burundi: que peut-on attendre du nouveau médiateur Yoweri Museveni?

Le président ougandais Yoweri Museveni a été nommé médiateur pour le Burundi le 6 juillet dernier. Ici au congrès de l'Union africaine en 2014.
© Reuters/Tiksa Negeri

Le président Museveni, désigné le 6 juillet comme nouveau médiateur lors du dernier sommet de la communauté est-africaine à Dar es Salaam, arrive ce mardi au Burundi. Une visite éclair de 24 heures, à six jours de la présidentielle contestée. L'opposition a dénoncé et rejeté les résolutions de ce sommet jugé trop favorable au président Nkurunziza. Le camp présidentiel les avait saluées. C'est avec beaucoup de retard que Museveni est arrivé à Bujumbura et il est difficile d'affirmer ce qu'il faut attendre de ce déplacement.

Le président ougandais est arrivé en milieu de journée sur le territoire burundais par la route alors qu'il était attendu à 10h ce matin à l'aéroport. Il devait y rencontrer son homologue burundais. La situation a évolué dans la matinée, car Yoweri Museveni a finalement décidé de prendre l'avion jusqu'au Rwanda pour y rencontrer la ministre des Affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo. Il a ensuite pris la route jusqu'à Bujumbura. Il ne s'est pas rendu à la présidence en premier comme cela était à l'origine prévu mais à l'hôtel où il doit mener des consultations avec les différents acteurs de la crise politique burundaise. Tout le monde a été surpris par ce changement d'organisation, y compris la communauté est-africaine censée organiser l'évènement. 

Que peut réellement accomplir Yoweri Museveni en moins de 24 heures ? Difficile à dire d'autant plus que le président a déjà plus de 4 heures de retard. Les délégués qui sont arrivés pour certains depuis 9h30 ce matin s'interrogent sur ce qu'il va être possible d'être fait dans les heures qui restent. Le président Museveni est censé partir demain à 11h. La communauté est-africaine a prévu une série de rendez-vous : rencontre avec les anciens chefs d'Etat, les partis politiques, les leaders religieux, la société civile, les médias... Mais il peut les changer selon ses souhaits, explique un officiel est-africain. Le président Nkurunziza devait accueillir son homologue ougandais à l'aéroport. Un premier tête-à-tête qui devait avoir lieu. Un autre est prévu avant son départ du pays mercredi, selon la présidence burundaise.

Pour le reste, les acteurs politiques burundais semblent plutôt perplexes. Du côté du parti au pouvoir comme de l'opposition, on dit attendre de savoir quel est son message. La présidentielle est officiellement prévue pour le 21 juillet, dans tout juste une semaine. Le dernier sommet de Dar es Salaam prévoyait un report pour le 30 juillet. « C'était une recommandation et pas une injonction. Il fallait que le président du Burundi respecte sa Constitution », explique Willy Nyamitwe, conseiller en communication du président et directeur de campagne du CNDD-FDD, le parti au pouvoir.

C'est grave, réplique l'opposition. L'opposition compte demander au chef d'Etat ougandais de revenir aux recommandations et à la feuille de route de l'Union africaine : dialogue sans sujets tabous, y compris sur le troisième mandat, définition d’une date consensuelle pour de nouvelles élections. L’opposition va donc rencontrer le président Yoweri Museveni. Léonce Ngendakumana, président de l'Alliance démocratique pour le changement (ADC), explique pourquoi : « Nous allons le rencontrer, nous allons écouter son message parce que nous ne connaissons pas jusqu’à maintenant l’ordre du jour, indique-t-il. Nous allons l’écouter et nous allons lui présenter la situation qui prévaut dans ce pays. Et nous allons également lui présenter notre position. Nous attendons beaucoup de Museveni, non pas en tant que facilitateur, mais comme garant de l’accord d’Arusha puisque c’est lui qui était président de l’initiative régionale pour la négociation de cet accord. Donc on attend son soutien pour défendre l’accord d’Arusha. »

Le camp présidentiel souhaite de son côté le voir convaincre la même opposition de participer aux scrutins à venir et d'accepter les résultats passés.

Nous attendons de cette visite qu’il parvienne à convaincre le reste de l’opposition radicale, qui veut pratiquer la politique de la chaise vide, que pour arriver au pouvoir il faut passer par la voie des urnes.
Willy Nyamitwe
14-07-2015 - Par Sonia Rolley