Sony Labou Tansi ouvre les lectures RFI «Ça va, ça va le Monde!»

« Je soussigné cardiaque », de l’écrivain congolais Sony Labou Tansi. Les lectures RFI « Ça va, ça va le Monde ! » ont lieu du 16 au 21 juillet 2015, à 11h30, dans le jardin du gymnase du lycée Saint-Joseph au Festival d'Avignon. Entrée libre.
© Pascal Gély

À partir de ce jeudi 16 juillet, ce sont six lectures de textes d’auteurs contemporains venant d’Afrique, des Caraïbes ou du Moyen-Orient qui attendent les spectateurs au Festival d’Avignon. Organisé par RFI, le cycle « Ça va, ça va le Monde ! » commence avec « Je soussigné cardiaque », de l’écrivain congolais Sony Labou Tansi. Entretien avec Catherine Boskowitz, la metteure en scène des lectures qui ont lieu tous les jours à 11h30 dans le jardin du gymnase du lycée Saint-Joseph à Avignon. Entrée libre.

RFI : En quoi la pièce Je soussigné cardiaque, de Sony Labou Tansi, marque-t-elle un tournant dans l’écriture africaine ?

Catherine Boskowitz : C’est une pièce politique et évidemment artistique. Le héros, c’est Mallot, un instituteur. On voit tout de suite le rapport avec Sony Labou Tansi qui lui-même était professeur-instituteur. L'histoire raconte les dernières heures de Mallot, jeune instituteur épris de liberté et condamné au peloton d'exécution pour s'être opposé à des figures du pouvoir.

C’est un instituteur opprimé par le pouvoir ?

Absolument. Mallot est un personnage très intéressant, parce qu’il dit tout.

La lecture du vendredi est encore une fois dédiée à un Congolais, à un auteur de la nouvelle génération. Julien Mabiala Bissila est le Prix-Théâtre RFI 2014. Chemin de fer est une pièce à l’écriture truculente. Est-ce que Julien Mabiala Bissila est dans la lignée de Sony Labou Tansi ?

Sony Labou Tansi a été un auteur qui a fait basculer la dramaturgie, notamment la dramaturgie congolaise, mais aussi africaine, dans le sens où tout à coup, il a ouvert un espace d’écriture absolument passionnant. Et les auteurs qui suivent, des générations successives, ont évidemment lu et aimé Sony. En ce qui concerne Julien, je pense qu’il l’a beaucoup aimé. Après, heureusement, Julien est Julien. Il écrit à partir de lui-même, à partir d’une histoire qui n’est pas celle de Sony pour des questions de génération. C’est une histoire difficile.

… puisque le Congo a vécu une histoire difficile. L’écriture de Julien Mabiala Bissila est dotée d’un rythme trépidant et il y aura de la musique pendant la lecture du texte, n'est-ce pas ?

L’écriture de Julien traverse les guerres du Congo, la guerre de 1997 et les autres, puisque sa génération et lui-même les ont traversées. C’est une écriture qui est intéressante, parce qu’il décompose, il déconstruit le langage et aussi la forme théâtrale pour la reconstruire à sa manière.

Avec la lecture du samedi, on quittera l’Afrique pour aller en Haïti avec L’Oiseau Parker dans la nuit, de Yanick Lahens. Une pièce très féminine.

Yanick Lahens a écrit un très beau texte à la première personne du singulier, qui sera lu par Mireille Perrier. C’est un texte sur le deuil, sur l’absence de l’homme et qui, en même temps, donne à entendre le paysage du pays où il a été écrit, Haïti.

Après, nous prenons la direction de l’Algérie, avec Esperanza (Lampedusa), d’Aziz Chouaki qui, comme son titre indique, s’inscrit dans le drame des migrants aujourd’hui. Le tout dans une écriture familière, avec un rythme propice à la lecture.

L’écriture d’Aziz est une écriture qui paraît quotidienne, mais qui ne l’est pas. Il arrive à travers son texte et ses textes en général, mais celui-là particulièrement, à créer des images très fortes en mettant en scène cinq personnages qui sont très différents les uns des autres et qui sont dans un dialogue constant. C’est comme si le dialogue ne s’arrêtait jamais sur ce bateau en Méditerranée. Il raconte quelque chose d’extrêmement actuel et profond, mais aussi de leurs rêves et espoirs éminemment politiques et poétiques.

Avec la lecture du lundi, nous arrivons au Cameroun avec Leonora Miano qui nous livre Red in Blue Trilogie : Tombeau, une pièce sur la mémoire.

Tombeau raconte simplement l’histoire d’une femme qui vient enterrer son frère dans le pays, dans la terre de ses ancêtres. Cette femme et son frère sont des Afro-descendants qui ne sont pas nés en Afrique. Et elle demande, parce que son frère lui avait demandé, que le corps de ce frère soit enterré sur cette terre avec toutes les difficultés que cela pose puisqu’elle est face à un village et à des gens qui habitent ce village et qui, au départ, ne comprennent pas sa demande. L’idée sous-jacente est la question d’où l’on vient, comment on y revient, notamment quand on est Afro-descendant.

Pièce de Printemps, pays natal, de l’écrivain iranien Pedro Kadivar, clôturera le cycle de lectures Ça va, ça va le Monde. Il s’agit également d’un retour aux origines.

Pedro Kadivar met en scène d’une manière tout à fait différente de Leonora Miano un retour dans son pays natal qu’il avait quitté enfant. Il est face à plusieurs personnages qui lui renvoient la réalité, mais uniquement la réalité de ce pays. C'est-à-dire qu'ils lui renvoient aussi l’image que lui-même se faisait de son pays natal. C’est un texte très beau, très littéraire. Il est vraiment dans le dialogue, mais pas forcément dans une action. Ce texte sera donc donné le dernier jour des lectures du cycle.  

Ça va, ça va, le Monde !, du 16 au 21 juillet, de 11h30 à 12h30, dans le jardin du gymnase du lycée Saint-Joseph à Avignon. Un cycle de lecture coordonné par Pascal Paradou, dirigé par Catherine Boskowitz, avec le soutien de la SACD. Entrée libre.

JEUDI 16 JUILLET 2015 :
JE SOUSSIGNÉ CARDIAQUE</b>
, de Sony Labou Tansi (Congo)
Metteure en scène : Catherine Boskowitz. Lu par Marcel Mankita, Eddie Chignara, Mireille Roussel, François Raffenaud, Gustave Akakpo, Bertrand Amiel (artiste bruiteur).

VENDREDI 17 JUILLET :
CHEMIN DE FER, de Julien Mabiala Bissila (Congo), Prix Théâtre RFI 2014
Mise en scène et lecture : Julien Mabiala Bissila. Musique : Gilles Campaux (batterie), Stéphane Bensimon (Violoncelle).

SAMEDI 18 JUILLET :
L’OISEAU PARKER DANS LA NUIT, de Yanick Lahens (Haïti)
Metteure en scène : Catherine Boskowitz. Lu par Mireille Perrier.

DIMANCHE 19 JUILLET :
ESPERANZA (LAMPEDUSA), d’Aziz Chouaki (Algérie)
Metteure en scène : Catherine Boskowitz. Lu par Mouss Zouheiry, Hammou Graïa, Marcel Mankita, Raphaël Almosni, François Raffenaud, Bertrand Amiel (artiste bruiteur).

LUNDI 20 JUILLET :
RED IN BLUE TRILOGIE : TOMBEAU, de Leonora Miano (Cameroun-France)
Metteure en scène : Catherine Boskowitz. Lu par Atsama Lafosse, Marco Codjia, Mylène Wagram, Myriam Tadessé.

MARDI 21 JUILLET :
PIÈCE DE PRINTEMPS. PAYS NATAL, de Pedro Kadivar (Iran)
Metteure en scène : Catherine Boskowitz. Lu par Samuel Achache, membre du collectif artistique de la comédie de Valence et Vladislav Galard, Léo-Antonin Lutinier et Thibault Perriard, les comédiens de Fugue – Création La Vie Brève, Production La Comédie de Valence – Centre dramatique national Drôme-Ardèche.

► Tous ces textes lus et enregistrés au jardin du Gymnase du lycée Saint-Joseph seront publiés à partir du 26 juillet sur rfi.fr et diffusés sur les antennes de RFI, tous les dimanches, du 26 juillet au 30 août, à 12h10 (rediffusion à 22h10). Quand les feux d’Avignon s’éteindront, le festival continuera sur les ondes, pour faire vivre ces théâtres du monde !

 

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.