Débuts agités pour le procès de l’ex-président tchadien Hissène Habré

Au premier jour de son procès, l'ancien président tchadien Hissène Habré a crié sa colère vis-à-vis du tribunal et a dû être maitrisé par les forces de l'ordre.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

Le procès de l'ancien président tchadien, Hissène Habré, s'est ouvert ce lundi à Dakar au Sénégal. Celui qui a dirigé le Tchad entre 1982 et 1990 est jugé pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture par un tribunal spécial, mis en place par l'Union africaine. Hissène Habré ne souhaitait pas se présenter à son procès mais il y a été amené de force. Retour sur la première journée de ce procès très attendu.

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Hissène Habré
21-07-2015 - Par Carine Frenk

Plutôt que le fond, ce qui importait en ce premier jour de procès, c'était surtout la forme. On se demandait lundi matin si Hissène Habré allait être présent face aux Chambres africaines extraordinaires chargées de le juger. Cela a été le cas, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a manifesté cette présence de façon très visible.

Trente minutes avant le début officiel du procès, ses sympathisants et lui ont crié avec un vocabulaire très fleuri leur colère vis-à-vis d'un tribunal dont ils ne reconnaissent pas la légitimité et dont ils estiment le jugement acquis d'avance. Certains ont dû être évacué de la salle et les forces de l'ordre ont du maitriser Hissène Habré, 73 ans, entièrement vêtu de blanc, et qui tenait un chapelet à la main.

Les explications très attendues de Hissène Habré

Après une pause de trois heures, l'audience a repris à 15h30, mais pour cinq petites minutes seulement. Le temps pour le Président de la Chambre d'assises de lire une déclaration écrite de Hissène Habré, par laquelle il refuse de se présenter devant le tribunal.

Face à cette défiance annoncée et attendue de Hissène Habré et de ses avocats, le Président du tribunal, qui peut le faire comparaître de force, a choisi cette dernière option. A moins d'un rebondissement, Hissène Habré sera donc à nouveau présent à son procès mardi matin.

Pour Clément Abaïfouta, président de l’association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré, qui a passé quatre ans en prison, sa présence est essentielle et suscite en lui « une très grande émotion ». « La première fois que je l’ai vu en 2005 alors qu’on cherchait à l’envoyer à Bruxelles, j’ai pleuré comme un enfant, raconte-t-il. Avant-hier, j’ai encore pleuré et vous comprenez mon état d’âme face à mon bourreau. (...) L’essentiel pour moi est qu’il soit là et qu’il ait le courage de me regarder dans les yeux. »

Cette première journée donne donc un avant-goût des trois mois de débats à venir : un procès au cours duquel les victimes présumées de Hissène Habré, qui courent après la justice depuis 25 ans, n'auront probablement pas l'occasion d'entendre les explications de l'ancien chef d'Etat.