Nigeria: Buhari rentre de Washington avec de l’argent, mais sans armes

Mohammadu Buhari, le président nigérian, a été reçu par son homologue américain barack Obama à la Maison Blanche le 20 juillet.
© REUTERS/Kevin Lamarque

Venu en quête d'un appui financier et militaire afin de lutter contre Boko Haram, le président nigérian Muhammadu Buhari a quitté Washington jeudi avec en poche un prêt de la Banque mondiale destiné à la reconstruction du nord-est du pays. Mais il n’a pas obtenu la suspension du blocus sur la livraison d'armes par les Etats-Unis.

2,1 milliards de dollars. C'est le montant du prêt accordé par la Banque mondiale pour « la reconstruction du nord-est du Nigéria » via son Agence internationale de développement. Une somme destinée à remettre sur pied les infrastructures locales et à reloger près d'un million de réfugiés dans une région touchée de manière quasi-quotidienne par les attaques de Boko Haram - qui revendique le nom d’« Etat islamique, province d’Afrique de l'Ouest » depuis son allégeance à l’organisation jihadiste basée en Syrie et en Irak, en mars dernier.

Le prêt est sans intérêts pour les dix premières années. Mais les fonds seront cependant versés sous conditions. L’organisation internationale dit en effet « être prête à aider le gouvernement à relever les défis de développement dans le pays, en particulier dans le nord-est et le nord » mais « après concertation avec les autorités nigérianes sur leurs priorités », a déclaré un porte-parole de la Banque mondiale.

Echec sur le soutien militaire

D'un point de vue militaire, en revanche, Muhammadu Buhari est reparti de Washington les mains vides et le Nigeria devra lutter contre Boko Haram sans nouvelles livraisons d’armes américaines. Selon la loi américaine, les accusations de violations des droits de l'homme à l'encontre de l'armée nigériane empêchent en effet toute livraison de matériel militaire américain. Un constat d'échec pour Muhammadu Buhari, qui avait reconnu « l'impuissance » des forces de sécurité nigérianes face à Boko Haram. A Washington, le président nigérian avait pourtant plaidé pour une levée de cet embargo, soulignant que son armée « ne possède pas les armes et les technologies appropriées » pour lutter contre le groupe islamiste.

Sur ce plan, le président nigérian élu en mars dernier avait promis, lors de son investiture, de se montrer ferme vis-à-vis des militaires coupables d’atteintes aux droits de l’homme. Une promesse que le successeur de Goodluck Jonathan est a priori en mesure de tenir, selon Benjamin Augé, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales. Invité Afrique de RFI ce jeudi 23 juillet, le chercheur souligne que « Buhari est un militaire et il fait peur aux militaires au Nigeria ». Au contraire de Goodluck Jonathan, dont la parole était peu écoutée dans les rangs de l’armée nigériane, celle de Muhammadu Buhari a plus de chance de porter. « Connaissant la personnalité de Buhari et connaissant son ascendant sur les militaires, on peut penser qu’il y a plus de chance que [la lutte contre les atteintes aux droits de l’homme] réussisse que sous Goodluck Jonathan », juge le chercheur.

Parmi les enjeux de la visite du président nigérian à Washington, il y avait aussi la lutte contre la corruption. Muhammadu Buhari a notamment affirmé que les Etats-Unis aident les autorités nigérianes dans leur lutte contre les vols et détournements de pétrole en pistant les comptes bancaires percevant de l'argent frauduleux. Pour le pays, l'enjeu financier est énorme. Chaque année, les pertes pour le Nigéria sont évaluées à près de 6 milliards de dollars.