Affaire Chebeya: l'ombre du général John Numbi plane sur le procès

Les partices civiles estiment que le général John Numbi (G) est le commanditaire du meurtre de Floribert Chebeya (D).
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Les plaidoiries du procès en appel de l'affaire Chebeya débutent ce lundi 27 juillet. L'instruction s'est clôturée jeudi dernier, à la déception des parties civiles. Car une fois de plus, le général John Numbi a échappé aux mailles de l'instruction. Il ne figure pas parmi les prévenus. Celui que les familles considèrent comme le commanditaire du meurtre de Floribert Chebeya n'a jamais été inculpé ni même contraint pas la justice de s'expliquer sur son possible rôle dans cette affaire. Aux yeux des parties civiles ce ne sont pourtant pas les pistes qui manquent pour justifier, au minimum, une audition du général.

L'instruction s'est achevée jeudi dernier, à la grande déception des parties civiles, qui ont manifesté leur étonnement, estimant que l'instruction a été bâclée. Mais cette première partie de ce procès en appel a tout de même été mouvementée.

Le témoignage de Kalala Kalao a permis de faire un peu de lumière sur le 1er juin 2010, cinq ans après le crime. Cet ancien chauffeur privé du suspect principal, le colonel Daniel Mukalay, est venu témoigner devant la justice militaire. Un récit en plusieurs séquences.

La présence de Floribert Chebeya à l’Inspection générale de la police, les confidences du commando exécuteur, une troisième victime dont on ne connaîtra peut-être pas l’identité, des traces de sang dans la jeep blanche du colonel Mukalay étaient bien supposées appartenir à Floribert Chebeya, remis à un autre officier.

Tout naturellement, les parties civiles ont été confortées par ce premier témoignage. Tout comme celui du Camerounais Martin Gomer, qui avait lui aussi affirmé avoir croisé Floribert Chebeya à l’Inspection générale de la police la même soirée.

Mais à la fin de l’instruction jeudi, les mêmes parties civiles ont manifesté leur déception. Les pistes qui doivent conduire vers le commanditaire supposé du crime, le général John Numbi, « n’ont pas été explorées », a déclaré Maître Kabengela Ilunga.

Les pistes qui pointent vers John Numbi

Et des pistes qui mènent à John Numbi, il y en a pourtant un certain nombre, selon les parties civiles. Il y a d'abord ces deux plaintes déposées par la famille de l'activiste qui le vise nommément. L'une en 2010, l'autre en 2012. Deux plaintes restées lettre morte, sans explication.

Il y a ensuite les témoignages prononcés à la barre et sur lequel l'ombre de John Numbi plane régulièrement, dont celui de l'ancien chauffeur privé du principal inculpé. Ou encore ces incohérences inexpliquées dans des relevés téléphoniques, qui, selon les avocats de la famille, auraient été falsifiés afin de minimiser le rôle de celui qu'elles considèrent comme le commanditaire du crime, qu'elles qualifient de crime d'Etat.

Il y a enfin et peut-être surtout les propos Paul Mwilambwe, un autre suspect qui n'a jamais été entendu par la justice congolaise, lui, qui dit pourtant détenir des preuves accablantes à son égard. La preuve, selon les parties civiles, que le général bénéficie de protection en plus haut lieu. La fin de l'omerta concernant John Numbi viendra-t-elle de Dakar ? C’est là que Paul Mwilambwe vit aujourd’hui.

Suite à une plainte déposée par la FIDH, il a même été inculpé en janvier dernier et entendu depuis par un juge sénégalais. Sur la base de ce témoignage Dakar, demandera-t-elle à entendre John Numbi ? Maître Mukendi, l’avocat des familles, veut encore y croire. Même si pour que cette audition ait lieu, il faudra pour l’accord de Kinshasa.

En attendant, John Numbi, longtemps parmi les plus proches du président Kabila, mais récusé de ses fonctions en 2010 au lendemain de la découverte du corps de Floribert Chebeya, poursuit paisiblement sa vie et ses activités entre Kinshasa et sa ferme aux environs de Lubumbashi.

Pour justifier que l'instruction s'est clôturée jeudi sans aboutir à l'inculpation du général Numbi, la justice congolaise explique que ce n'est pas le rôle d'un procès en appel, destiné à évaluer le travail du juge en première instance.