Soudan du Sud: Barack Obama met la pression sur les belligérants

Barack Obama, aux côtés du Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, ce lundi 27 juillet à Addis-Abeba.
© REUTERS/Jonathan Ernst

En visite à Addis-Abeba, en Ethiopie, Barack Obama a regretté que la situation humanitaire au Soudan du Sud « s’aggrave » et plaidé pour la signature rapide d’accords de paix. Le président des Etats-Unis a appelé Salva Kiir et Riek Machar à parvenir à un accord de paix «dans les prochaines semaines».

Au Soudan du Sud, « la situation continue de se détériorer, la situation humanitaire s’aggrave », a déclaré le président Barack Obama lors d’une conférence de presse à Addis Abeba, à l’issue d’une conférence bilatérale avec le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn. Le président américain a appelé à la signature, « dans les prochaines semaines », d’un « accord de paix » entre les belligérants.

Soutien à la proposition de l'Igad

Un appel qui fait écho à celui de l’Igad, lancé samedi 25 juillet. L'Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l'Est, chargée de mener la médiation entre le président Salva Kiir et le chef des rebelles Riek Machar, a publié un projet d'accord pour rétablir la paix dans le pays. Les médiateurs internationaux demandent qu'un accord de paix soit signé avant le 17 août. Les négociateurs des deux camps sont attendus vendredi 31 juillet à Addis-Abeba pour prendre connaissance de ce texte, avant une reprise des pourparlers programmée le 5 août.

Le problème reste celui des moyens à la disposition des différents acteurs, et notamment de l’Igad. Mais pour Barack Obama, après un an et demi de conflit, la guerre civile ne peut plus durer. Le président américain a promis de nouvelles sanctions, en cas d’échec de la proposition de l’Igad.

Le sujet est au centre d’une rencontre, ce lundi, entre Barack Obama et les présidents ougandais Yoweri Museveni et kenyan Uhuru Kenyatta, et le Premier ministre éthiopien. Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Ibrahim Ghandour participe également, ainsi que Dlamini Zuma, représentant de l’Union africaine, et Donald Booth, envoyé spécial américain pour les Soudan et le Soudan du Sud. Mais aucun dirigeant sud-soudanais n'a été invité.

Rencontre sur le Soudan du Sud, à Addis-Abeba, ce lundi 27 juillet. © REUTERS/Jonathan Ernst

Au Soudan du Sud, les Etats-Unis ont une « obligation » d'agir

Les Etats-Unis, qui ont soutenu le référendum pour l'indépendance du Soudan du Sud en 2011 ont, en quelque sorte, une « obligation » à agir. C’est l’analyse que fait Ben Rhodes, conseiller de Barack Obama sur la sécurité. « Nous avons une relation énorme avec le Soudan du Sud au niveau de l'assistance que nous lui apportons, et nous avons joué un rôle dans l'histoire du Soudan du Sud », rappelle-t-il.

Le conseiller à la Maison-Blanche insiste sur le fait que les Etats-Unis vont donc « travailler avec les autres pays de la région pour trouver une issue à cette impasse ». Les Etats-Unis ont soutenu la lutte du Soudan du Sud pour l’indépendance, « mais une fois l'indépendance acquise, la transition d'un mouvement qui lutte pour l'indépendance à un mouvement qui gouverne n'a pas fonctionné », juge Ben Rhodes. Pour lui, la guerre civile est provoquée par le fait que « des dirigeants [sont] en compétition pour les ressources et pour le pouvoir, d'une façon qui ne sert pas leur peuple. »

La guerre civile qui a éclaté au Soudan du Sud en décembre 2013 entre les partisans du président Salva Kiir et ceux du chef des rebelles Riek Machar a fait plusieurs dizaines de milliers de victimes et plus de 2,2 millions de déplacés. Selon le chef de l’aide humanitaire des Nations unies, Stephen O’Biren, qui était en visite au Soudan du Sud la semaine dernière, d’ici au mois d’octobre « 7,9 millions de personnes sur 11,6 millions d'habitants, soit près de 70 % de la population du pays risque d'être en insécurité alimentaire lors de la saison des pluies ».


■ Gouvernance, démocratie et lutte contre le terrorisme 

La conférence bilatérale entre Barack Obama et le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn a aussi été l’occasion d’aborder les questions de sécurité. La lutte contre le terrorisme et le maintien de l’activité régionale sont des intérêts communs à l’Ethiopie et aux Etats-Unis, il n’y avait donc a priori pas de raison pour qu’il y ait des divergences particulières.

Cette visite de Barack Obama devrait donc avoir permis de renforcer la coopération entre les deux pays. Le président américain a rendu un hommage appuyé aux militaires éthiopiens qui combattent en Somalie, indiquant que c’était grâce à leur courage que les Etats-Unis n’étaient pas obligés d’envoyer eux-mêmes des troupes au sol dans ce pays. Les Américains procèdent en effet à des attaques de drones dont la base est, justement, installée dans le sud de l’Ethiopie.

Liberté de la presse

La situation intérieure en Ethiopie, notamment celle liée aux libertés publiques, a également été évoquée. Le président américain a demandé « plus de démocratie » en Ethiopie, mais il a fait le service minimum. Il a ainsi rappelé également que le régime en place avait été « régulièrement élu ». Et effectivement, en mai dernier, la coalition au pouvoir depuis vingt-cinq ans a été reconduite en empochant 100 % des sièges à l’Assemblée nationale.

Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn n’a donc pas été franchement déstabilisé. Et lorsqu’une question sur la liberté de la presse lui a été posée, Hailemariam Desalegn a indiqué que le pays avait « besoin de journalistes civilisés et qui se tiennent loin de l’organisation terroriste ». De nouveau, des journalistes ont en effet été interpelés et incarcérés. Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat mais ont en fait surtout tenu des positions critiques envers l’action du gouvernement.
 

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