Burundi: Agathon Rwasa devient vice-président de l’Assemblée nationale

L'opposant burundais Agathon Rwasa.
© AFP / Roberto Schmidt

Au Burundi, Agathon Rwasa a été élu premier vice-président de l’Assemblée nationale par 108 voix sur 112, dont celles des députés du CNDD-FDD, le parti au pouvoir. Agathon Rwasa était parmi les leaders de l’opposition à dénoncer la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel. Il avait également affirmé ne pas reconnaître les résultats de l’élection présidentielle du 21 juillet dernier.

Les événements se sont accélérés ces derniers jours au Burundi. Le principal opposant burundais, Agathon Rwasa, a intégré l’Assemblée nationale lundi. Aujourd’hui, l’élection du bureau est allée très vite. Dans cette Assemblée totalement dominée par le parti au pouvoir qui compte 86 sièges sur les 121, Agathon Rwasa ne pouvait compter que sur 19 députés. Mais il n’y a pas eu de débat. L’élection a été rapide et Agathon Rwasa, qui était seul candidat en lice pour le poste de premier vice-président, a donc été élu.

C’est le signe d’un accord entre le pouvoir et Agathon Rwasa. Il y a eu un seul candidat pour chaque poste. Pascal Nyabenda, le président du CNDD-FDD, était seul candidat pour le poste de président et le tout puissant ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana, seul candidat pour le poste de deuxième vice-président. C’est vu comme un signe d’apaisement en faveur de l’opposition. Autre signe d’un accord, Agathon Rwasa a été mieux élu que le président du CNDD-FDD, Pascal Nyabenda. Il a obtenu 108 voix, alors que Pascal Nyabenda en a obtenu 101.

« Ce poste a été négocié avec le CNDD-FDD, ce qui est plutôt surprenant parce qu’Agathon Rwasa avait tout comme les autres leaders de l’opposition condamnés le troisième mandat, souligne Charles Nditijé de l’Uprona, l'opposition qui s'était alliée avec Agathon Rwasa. (…) Après la mascarade des élections législatives et communales, il avait déclaré haut et fort qu’il n’allait ni reconnaître les résultats encore moins les institutions qui en seraient issues. »

Un coup dur pour l'Uprona

Que va-t-il obtenir en échange ? Personne ne le sait pour le moment. Toujours est-il que son entrée dans l’institution a été ressentie comme un véritable séisme au Burundi et elle divise son parti entre ceux qui applaudissent et ceux qui le maudissent. C’est un rude coup pour l’opposition qui se sent orpheline de sa principale figure. L'Union pour le progrès national (Uprona), non reconnue par le pouvoir et qui a passé une alliance avec lui, ne sait plus désormais sur quel pied danser alors que le pouvoir jubile.

« Nous avions dit clairement que nous n’accompagnerions pas Rwasa dès lors que nous ne reconnaissons pas les élections, les résultats et les instances qui en sont issues, explique Charles Nditijé de l’Uprona. Il fait alliance avec le CNDD-FDD sans préalable aucun. Il n’a aucun administrateur communal, il n’a aucun sénateur, il n’a aucun gouverneur. Même si on lui donne quelques miettes au gouvernement, quelle force politique aura-t-il ? Parce que le pouvoir c’est d’abord dans les instances qui votent les lois, le Sénat, l’administration territoriale, les administrateurs communaux. C’est tous ceux-là qui sont en contact avec la population. Je ne vois pas en quoi il pourra aider le peuple et lutter contre les exactions de toute sorte du CNDD-FDD, la corruption, la violence et les violations massives des droits de l’homme. On n’attend rien de cette alliance qui va plutôt radicaliser la société burundaise et réveiller les démons de la division ethnique alors que nous commencions quand même à tourner la page. »

Le CNDD-FDD jubile

De son côté, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, est satisfait de l'entrée du principal leader de l'opposition à l'Assemblée et de son élection au poste de premier vice-président de cette chambre. Selon, son porte parole, Gélase Daniel Ndabirabe, cela devrait servir d'exemple aux autres opposants. Il nie toutefois qu'un quelconque accord ait été passé.

Il [Agathon Rwasa, NDLR] a vu qu’en empruntant cette voie, il pourrait contribuer à la paix.
Gélase Daniel Ndabirabe
31-07-2015 - Par Esdras Ndikumana