Pourquoi la justice française s'intéresse à Maixent Accrombessi

Maixent Accrombessi fait partie de la garde rapprochée du président gabonais Ali Bongo.
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Relâché pour des raisons d'immunité diplomatique, après quelques heures de garde à vue lundi, le directeur de cabinet d'Ali Bongo n'aura finalement pas à répondre à la justice française, en tout cas pas dans l'immédiat. La justice a aussi levé la garde à vue d'une employée de la société Marck, sans autre forme de poursuite. Marck est une société qui a décroché un appel d'offres gabonais et qui aurait effectué un versement suspect à un proche de Maixent Accrombessi en 2007. Il s’agirait même de plusieurs versements, d'après les enquêteurs.

Le nom de Maixent Accrombessi revient plusieurs fois dans l'enquête menée par l'OCLCIFF, l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales. Les policiers s'intéressent en particulier à des versements effectués sur des comptes à son nom ou au nom de ses proches. Il y a ce virement de 300 000 euros versé à une société gabonaise appartenant à un de ses proches, par la société française Marck qui a remporté un appel d'offres de 7 millions d'euros.

Mais il y a aussi d'autres versements, toujours effectués par la société Marck, à une société gérée par Maixent Accrombessi au Bénin son pays d'origine, la société AIKM. On parle là de deux millions d'euros. S'agit-il de pot de vin ? De blanchiment d'argent ? Les enquêteurs s'interrogent. D'où l'interpellation lundi de Maixent Accrombessi et d'une employée de la société Marck chargée de l'export à l'époque des faits.

La société Marck n'en est pas ses premiers déboires avec la justice. Son dirigeant, Philippe Belin a été mis en examen en 2014 dans le cadre de l'affaire Tomi, cet homme d'affaires corse mis en examen l'année dernière pour corruption et grand ami des présidents africains.


 ■ Accrombessi, « l'homme à la manœuvre »

Maixent Accrombessi a passé son enfance au Bénin. Il a étudié en France, où il exerce notamment comme agent immobilier. Maixent Accrombessi sympathise avec André Mba Obame, alors ministre de l’Intérieur d’Omar Bongo. Mba Obame l’incite à venir s’installer, dans les années 1990, à Libreville.

Sur place, Maixent Accrombessi se rapproche de la famille présidentielle. Sa carrière connait une montée en puissance sous Ali Bongo : il occupe plusieurs postes de conseiller, avant de se voir propulser en 2010, directeur de cabinet du président avec rang de ministre, en remplacement de Pascaline Bongo et de Jean Pierre Oyiba.

Des proches le présentent comme « l’homme à la manœuvre », un personnage qui gère les gros dossiers du pays, avec pour objectif, de « rationnaliser les dépenses ». Ce qui le lie au président, « au-delà de sa fraternité maçonnique », précisent plusieurs sources, « c’est son pouvoir ésotérique, sa culture vaudou ».

Marié à une Sénégalaise, ce citoyen Béninois, naturalisé Gabonais, est peu apprécié des habitants. Plusieurs sources le décrivent en effet, comme un personnage hautain. Dans son entourage, son interpellation à Roissy est vécue comme une entorse aux règles diplomatiques.

Une « mise en scène »

La présidence gabonaise condamne ce qu'elle qualifie d'une « mise en scène ». Car pour le porte-parole de la présidence, Alain Claude Billie By Nze, la garde à vue du directeur de cabinet d'Ali Bongo visait à « humilier, à mettre en cause et à jeter le discrédit sur la personne et, au-delà, sur le pays ». Il assure par ailleurs que si Maixent Accrombessi avait reçu une convocation « en bonne et due forme », il y aurait répondu.

Mais du côté de la société civile, en revanche, Marc Ona Essangui appelle ni plus ni moins le directeur de cabinet à démissionner de son poste, comme Jean-Pierre Oyiba avant lui. « M. Accrombessi, non seulement a été interpellé, mais est cité nommément dans cette affaire, preuves à l’appui en terme de transactions financières. Il faut qu’il démissionne de son poste de directeur de cabinet d’Ali Bongo ! » Etant donné sa fonction, il juge que Maixent Accrombessi doit « montrer l'exemple ».

Un avis partagé par Jean Eyéghé Ndong, le vice-président de l'Union nationale, qui estime que cette affaire ne « renvoie pas une bonne image de la présidence à l'opinion publique ». « Un directeur de cabinet d’un chef d’Etat doit être exemplaire mais j’ai bien l’impression que ce n’est pas le cas », estime-t-il. Il appelle donc le président à « en tirer les conséquences ».